La honte et la culpabilité vécues par de nombreuses jeunes homosexuelles les conduisent à vivre cette période dans le secret et dans une grande solitude. Les jeunes de leur âge, y compris les ami(e)s proches sont rarement des interlocuteurs possibles. Il est essentiel qu’elles puissent rencontrer des personnes qui les aident à vivre ce passage. Vous pouvez être l’un d’entre eux. Si vous vous en sentez capable, et si l’adolescente vous le demande ou est d’accord, vous pouvez jouer un rôle important de médiateur entre elle et sa famille. Ce d’autant que les parents sont encore nombreux à interpréter l’orientation sexuelle de leur enfant comme un problème qui devrait trouver des "solutions médicales". Les jeunes filles homosexuelles, notamment dans ce contexte homophobe et stigmatisant, ressentent un sentiment de culpabilité et d’anormalité qui peut conduire à des comportements à risques (rapports hétérosexuels non protégés, utilisation de produits psychoactifs, tentatives de suicide...). 53% des filles déclarant une attirance homosexuelle contre 43% pour les filles attirées uniquement par l’autre sexe déclarent boire au moins une fois par semaine. 26% contre 18% déclarent avoir consommé d’autres drogues (ecstasy, cocaïne, crack, héroïne, LSD, hallucinogènes et amphétamines) que le tabac et le cannabis. 54% des femmes attirées par le même sexe ont eu des pensées suicidaires (contre 30% pour les femmes attirées exclusivement par l’autre sexe) et 25% (contre 9%) ont fait des tentatives de suicide (biblio 1). Votre rôle de médecin vous permet de les informer et de les protéger au mieux, en travaillant avec elles sur le sens de leurs conduites à risques, en les aidant à trouver des stratégies de protection qu’elles peuvent adapter, et en prenant en charge les conséquences éventuelles de ces comportements (grossesse, infections sexuellement transmissibles (IST), hépatite C, dépression...). Il faut garder à l’esprit le fait que certaines jeunes filles lesbiennes ont vécu des violences sexuelles, notamment incestueuses. Les aider à en parler est indispensable. Quand une telle histoire est découverte, il faut pouvoir en assurer la prise en charge. Il n’est pas exceptionnel que les débuts de la vie sexuelle des jeunes lesbiennes soient hétérosexuels (pour faire comme tout le monde ou pour se rassurer sur son orientation sexuelle). Il est donc nécessaire de l’évoquer, et de les sensibiliser à l’utilisation de contraceptifs et à la prévention des IST. 92% des femmes homosexuelles interrogées ont eu, au moins une fois, un rapport sexuel avec quelqu’un de l’autre sexe (biblio 1). <<< retour |
"Je suis lesbienne, j'ai 23 ans et dans ma période d'adolescence, j'ai avorté 3 fois, dont la première fois à l'âge de 16 ans, puis quelques mois après pour les deuxièmes fois." (Delphine) |