Responsable-animateur de l'atelier :
Mme Nadia FLICOURT - Carrefour d'Initiative et de Réflexion autour de la Maternité, l'enfance et la vie sexuelle et affective (Lille)Intervenants :
Mme Bernadette RWEGERA - Ikambere la maison accueillante (Saint-Denis)
Mme Albertine PABINGUI - Association Interculturelle de Lutte contre le Sida entre la France et l'Afrique subsaharienne (Lyon)
Mlle Rachel BESSON, Mlle Muriel BICHAUD Centre Accueil Consultation Information Sexualité (Bordeaux)Rapporteur :
Mme Dominique REINOSA, Atelier Santé Ville (Marseille)
Les expériences d'Ikambere et de l'Association Interculturelle de Lutte contre le Sida concernent un public de femmes directement touchées par la maladie, ce qui n'est pas obligatoirement le cas des personnes fréquentant le Centre d'Accueil et de Consultation de Bordeaux.Cependant les trois modes d'actions développés s'adressent à des femmes étrangères ou d'origine étrangère chez lesquelles sont repérés des problèmes communs, qui se posent avec plus ou moins d'acuité : outre les problèmes générés par leur méconnaissance de la langue, les multiples démarches à effectuer afin de régulariser leur situation sur le territoire français, elles ont aussi à gérer les situations induites par leur maladie : les effets des traitements, la difficulté des relations avec les médecins mais aussi avec leur familles. Pour celles qui ont découvert leur maladie à leur arrivée en France, il s'agit aussi, de reconstruire un projet de vie.
Ces femmes cumulent des difficultés liées à leur caractère "d'étrangères" et de malades mais aussi de "personnes en situation précaire" dans la mesure où le faible nombre d'autorisations de travail accordées ne permet pas à un grand nombre d'entre elles, de subvenir économiquement à leurs besoins.
C'est pourquoi l'on retrouve dans les trois expériences relatées des objectifs proches, répondant à l'isolement et aux difficultés rencontrées par ces personnes : favoriser l'échange et la convivialité, l'autonomie, la mise en commun d'expériences et offrir un accompagnement.
Que cela soit par le biais d'activités supports aux échanges (couture, vidéo, informatique, cuisine et diététique), de moments de formation (alphabétisation, rencontres avec de professionnels du soin) ou de groupes de paroles, les trois associations visent, par ces propositions à favoriser l'autonomie, l'information sur la santé, et la création d'outils de prévention et d'éducation à la santé élaborés de manière collective et adaptés.
Dans chacune de ces associations est aussi travaillée la question du rapport de ces femmes à leur environnement : elles peuvent y consolider leurs connaissances et élaborer des constats communs afin de faire face aux situations dans lesquelles elles sont fragilisées : les relations avec leurs familles, leurs conjoints, les soignants, les administrations.
L'ensemble de ces activités vise la promotion des femmes et au-delà des progrès en matière d'éducation à la santé, des modifications dans les rapports sociaux de sexe.
Le partenariat avec les services hospitaliers a été évoqué sous le versant double d'atout et de frein : en effet, si les liens des associations avec l'hôpital favorisent la connaissance de leurs activités par les patientes et la rupture de l'isolement de ces femmes, il n'en reste pas moins que revient aux associations la charge de prendre en compte la situation globale de difficultés des personnes orientées : c'est dans ces lieux que sont abordées toutes les difficultés au quotidien rencontrées par les femmes, difficultés qui nécessitent de développer un travail de réseau et d'accompagnement très important en terme de temps et d'investissement pour les professionnels ou bénévoles associatifs.
Les bénéfices nés de ces lieux d'échanges et de promotion pour les femmes se mesurent par une modification progressive de leur état psychologique (restauration de l'estime d'elles-mêmes) mais aussi par une réassurance dans leurs démarches, dans la prise d'initiatives en direction de leur environnement (famille, quartier, conjoint ) voire même le développement d'activités (participation à des actions d'éducation à la santé, chantiers d'insertion issus des ateliers proposés ).
Les trois associations repèrent des difficultés auxquelles se heurtent leurs interventions :
- L'accès au logement de ces femmes est extrêmement difficile.- La possibilité de travailler est trop rarement accordée ce qui rajoute des difficultés économiques à des femmes déjà très fragilisées.
- Les représentations à l'égard des femmes en général, et particulièrement dans le domaine de la santé qui tend à les réduire à leur fonction de reproduction et des éventuels risques liés.
- La difficulté pour le public des femmes étrangères d'être pris en compte dans le "droit commun" et non pas seulement dans de circuits " spécialisés " pour personnes migrantes.
Parmi l'ensemble des difficultés soulevées, il apparaît de manière claire que la situation d'ensemble de ces femmes pourrait s'améliorer si elles bénéficiaient d'aides économiques. La question s'adresse aux pouvoirs publics, qui ont pris en compte cette dimension dans un programme comme ESTHER.