Atelier 2 : Les actions auprès des hommes résidant en foyer

 

Responsable-animateur de l'atelier :
M. Jalil LEMSEFFER - Office Dauphinoisdes Travailleurs Immigrés (Grenoble)

Intervenants :
Dr Genviève BECK-WIRTH - Réseau Ville Hôpital 68 (Mulhouse)
Dr Gisèle NISSACK - Médecins d'Afrique
Monsieur Omar Hallouche - Association de Lutte Contr le Sida (Lyon)

Rapporteur :
Dr Brigitte QUENUM - Institut de Médecine et d'Epidémiologie Africaines (Paris)

 
L'atelier 2 s'est centré sur les actions auprès des hommes résidant en foyer, originaires d'Afrique subsaharienne et maghrébins. Il faut noter que le thème a été introduit dès la séance plénière du matin à travers l'intervention de deux CRIPS, IDF et Auvergne.

Au cours de l'atelie,r trois expériences riches ont été présentées dont une menée par un Réseau Ville Hôpital à Mulhouse et deux expériences associatives.

L'expérience du RVH 68 ne porte pas spécifiquement sur les hommes en foyer certes mais elle a été retenue dans cet atelier, et elle y avait toute sa place, du fait de la démarche d'éducation pour la santé et de prévention centrée sur les familles, notamment le parrainage d'enfants affectés par le VIH. C'est l'occasion de rappeler qu'il est important dans les interventions en foyer auprès des hommes de ne pas oublier les femmes, notamment les travailleuses du sexe dans les foyers et les épouses restées au pays ainsi que leurs enfants.

L'originalité de cette expérience tient au fait que ceux qui la mettent en oeuvre utilisent l'expérience du Sud pour des populations issues du Sud et résidant au Nord. Le Nord apprend du Sud. Et c'est une action ici et là-bas. Ceci est d'autant plus important que les hommes en foyer sont vulnérables : vulnérabilité liée au fait qu'ils sont des pères et des hommes ("mâles") à distance. Ils sont dans une double absence: "ils ne sont ni d'ici ni de là-bas, tout en vivant ici et là-bas". Ils souffrent d'un grand isolement affectif et sexuel, associé à un marasme socio-économique. Au total le cumul de facteurs fragilisants fait passer chez eux la préoccupation de santé au second plan. A cela s'ajoute une communication difficile avec les acteurs de santé/prévention, le problème de la langue à la fois en termes de compréhension et d'expression, l'insuffisance de programmes de prévention et d'outils culturellement adaptés.

De manière générale, toutes les expériences décrites au cours de l'atelier s'appuient sur l'expérience du pays d'origine. Il est important qu'il y ait un lien/relais au pays d'origine soit par la communauté d'origine, par la langue ou par les actions déjà entreprises dans le pays.

L'autre particularité de l'action menée par le RVH 68 est qu'elle élargit le cadre d'intervention. Il y a un choix clair de sortir du VIH et de travailler plus sur la santé de la reproduction y compris la prévention de l'infection à VIH et des IST, de travailler autour de l'éducation des enfants, de la communication intergénérationnelle, des pratiques traditionnelles néfastes, mutilations sexuelles génitales, etc.

La notion de "médiation de la connaissance" par les pairs-éducateurs formés dans leurs communautés est apparue intéressante : ils se définissent comme des "porte-paroles" de la connaissance et vont jouer le rôle de courroie de transmission.

L'expérience de Médecins d'Afrique confirme la nécessité de bien connaître son public avant d'intervenir : ne pas aborder d'emblée de but en blanc le thème de la sexualité et les préservatifs. Il n'est pas toujours nécessaire que ceux-ci soient visibles sur une table et systématiquement proposés pour que les résidents les demandent. Parler des enfants, des maladies tropicales, de la prévention pour le retour au pays peut constituer aussi une bonne porte d'entrée ("les voies de contournement" telles que décrites par Omar Hallouche) ou un point d'ancrage pour amener les pères que sont les hommes en foyer à s'intéresser au VIH/SIDA et se sentir concernés.

Sans remettre en cause l'approche qui consiste à utiliser des "voies de contournement" pour aborder le sujet VIH, l'Association APA, association de personnes vivant avec le VIH et s'affichant comme telle, dit qu'elle va droit au but dans ses interventions et préfère aborder directement la question du VIH. L'expérience de VIE avec le VIH est à la fois une compétence à part entière et une légitimité mises en avant pour intervenir dans les foyers: "Moi je suis VIH +" et non "Moi je connais le VIH". La question sous-jacente à laquelle le président d'APA, militant et médiateur de santé publique, nous renvoie est : "Qui a peur d'affronter la réalité ? Les intervenants en prévention ou les résidents ?".

Plusieurs facteurs facilitants ont pu être répertoriés à travers ces différentes expériences:

- La dynamique participative facilite l'acceptabilité du projet proposé à la communauté et son implication dans le projet (il est important de travailler avec les acteurs médico-sociaux des quartiers et les structures et les faire rentrer dans les foyers)

- La convivialité

- Le respect de l'altérité

- Le respect des traditions, des valeurs et de la langue : l'action doit être menée dans la connaissance et la prise en compte des traditions : l'exemple du lévirat "femme en héritage" et du sororat a été largement évoqué. La question sous-jacente est celle du test de dépistage et du travail d'information et d'incitation à faire autour du test de dépistage.

- L'adaptation au niveau du langage et des outils

- Le travail en partenariat et en réseau avec l'hôpital de "proximité" (qui ne reste encore que géographique), avec les médiateurs de santé formés, les CDAG, les structures administratives, etc.

Les financements y compris le gel républicain, les difficultés administratives, la disponibilité de la communauté ciblée par l'action restent encore des obstacles à surmonter.

Un certain nombre de questions restent fondamentales et transversales:

- La question de la confidentialité et du secret partagé

- Celle de la méthodologie d'intervention

- La question de la légitimité des acteurs

- La notion de médiation de la connaissance, le concept de médiation en santé publique

- L'importance de former les acteurs et les professionnels de santé notamment sur leurs représentations afin que s'opère une remise en cause de leurs pratiques.

- La nécessité d'évaluer les actions menées.

Le bilan de l'activité dans des foyers de l'agglomération lyonnaise montre que le déni recule, le niveau de connaissance s'accroît, et que les démarches vers les centres de dépistage sont plus nombreuses. Cependant on note un paradoxe : la persistance de certaines peurs "irrationnelles".