Le point sur…

 

La prévention auprès des homosexuels


Après s'être fortement mobilisés au début de l'épidémie, les homosexuels manifestent leur lassitude vis-à-vis de la prévention et restent encore aujourd'hui très exposés au VIH.

Selon les enquêtes, le taux de prévalence au VIH parmi les homosexuels en France atteint 10 à 15%, soit 100 fois supérieur à la moyenne nationale. Ce taux est semblable à ceux que l'on observe dans les régions les plus touchées de la planète et qu'Onusida qualifie d'épidémie généralisée. La situation n'est pas propre à la France et se rencontre dans la plupart des pays occidentaux à épidémiologie comparable.

En France, parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2006, 29% ont été contaminés par rapports homosexuels. Les données virologiques précisent que près de la moitié des homosexuels séropositifs ont été infectés dans les six mois précédant le diagnostic. Cette forte proportion d'infections récentes illustre, outre les nouvelles contaminations, les stratégies de suivi de sérologie VIH plus systématique parmi les homosexuels. Depuis dix ans, ces habitudes de recours au dépistage VIH ont permis aux homosexuels de découvrir plus rapidement leur séropositivité et donc de bénéficier d'une prise en charge précoce. Près d'un homosexuel sur cinq découvre sa séropositivité au moment d'une primo-infection. En région PACA, 41% des nouvelles contaminations sont liées à des relations homosexuelles.

En 2007, la recrudescence des IST s'est confirmée. L'augmentation du nombre de diagnostics de LGV rectale en France suggère un meilleur diagnostic par les cliniciens et les laboratoires concernés mais surtout, l'amplification de l'épidémie au sein de la communauté homosexuelle. L'épidémie de syphilis est toujours d'actualité, affectant pour 3 diagnostics sur 4 les homo-bisexuels masculins. L'étude Hépaig met en évidence la transmission du VHC dans cette population, notamment par les pénétrations anales fréquemment traumatiques sous l'emprise de produits psychoactifs ou sédatifs et majoritairement non protégées avec de multiples partenaires sexuels.

L'étude des données épidémiologiques montre que la mise en œuvre de stratégies de sérotriage parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, permettrait d'expliquer le paradoxe de l'augmentation des IST et de la stabilité de l'incidence annuelle de l'infection VIH. Internet jouerait également un rôle facilitateur permettant aux utilisateurs des sites de rencontres de dévoiler leur statut sérologique. Mais l'enquête de Sida Info Service en 2006 montre que 30% des hommes ayant eu une relation non protégée dans ces circonstances ignoraient leur statut sérologique.

La littérature atteste un constat d'impuissance face au regain de l'épidémie VIH parmi les Hommes ayant des rapports Sexuels avec des Hommes. Cette notion d'HSH, est née de la volonté de prendre en compte toutes les personnes ayant des rapports avec des personnes du même sexe et non plus uniquement celles se définissant d'emblée comme homosexuelles et/ou ayant une vie sociale " gay " assumée.

Les enquêtes presse gay suivent, depuis vingt ans, l'évolution des modes de vie et des comportements de prévention des homosexuels ou bisexuels masculins. Celle de 2004 confirme les pires scénarios en matière d'abandon du préservatif, et montre que les relations sexuelles non protégées ont augmenté de 70% entre 1997 et 2004. Plus alarmant encore, 36% des hommes répondant à l'enquête déclarent une pénétration anale non protégée avec un partenaire occasionnel au moins une fois dans les 12 derniers mois. Parmi ceux là, 30% déclarent également une pénétration vaginale sans préservatif.

Le relâchement préoccupe d'autant qu'il s'agit d'un groupe auquel s'adresse un effort prioritaire de prévention et historiquement très impliqué dans la prévention, semblant le mieux à même d'intégrer la prévention. Aussi, études, enquêtes, sondages explorent différents aspects dans la compréhension du phénomène. L'épuisement des mouvements identitaires, l'évolution des normes et des valeurs de la communauté homosexuelle face au sida, le repli individualiste, la fragmentation associative, jouent probablement un rôle. L'enquête Presse Gay 2004 montre que la prévention est parfois perçue comme une contrainte ou un obstacle potentiel aux relations et à l'épanouissement sexuel. De plus, même si la perception et l'acceptation de l'homosexualité de la part de l'entourage proche se sont nettement améliorées, les états dépressifs et les actes de suicide liés aux situations d'homophobie restent fréquents. Dépression, manque d'estime de soi peuvent aussi expliquer la prise de risque.

La consommation de substances psychoactives constitue également un facteur associé à la prise de risque et à la baisse de vigilance vis à vis du risque VIH comme l'ont démontré plusieurs enquêtes à l'étranger ainsi que la dernière enquête Presse Gay en France. Cette consommation est souvent associée aux situations de drague et aux lieux de consommation de sexe. L'émergence du crystal décrite aux Etats Unis et en Australie parmi la communauté gay semble encore marginale en France.

Par ailleurs, l'enquête de Sida Info Service révèle que les hommes ayant pris un risque ont globalement une fréquentation plus importante de backrooms, sex club et vidéo clubs. Ils ont davantage de partenaires sexuels masculins. Plus d'un tiers des répondants ignorent leur statut sérologique. La proportion des individus qui ne connaissent pas leur statut sérologique, les séro-interrogatifs augmente et cette ignorance existe également au sein des relations stables.

La proportion de plus en plus importante d'HSH qui fréquentent Internet, et plus particulièrement des sites de rencontre, conduit à s'interroger sur l'impact du média sur les comportements sociosexuels de ces internautes. Aussi, la prévention et l'information œuvrent auprès de ces nouveaux réseaux. Des programmes d'intervention en ligne voient le jour portant sur la promotion de la santé physique, mentale et sexuelle. Si la toile a montré ses atouts en matière d'enquête sur les comportements sexuels, elle doit faire ses preuves comme instrument efficace de prévention. Certaines associations interviennent sur des sites de rencontre Internet par le biais des questions/réponses, des " chats " ou des espaces forum sur le thème de la santé sexuelle. Un groupe de travail réunissant Sida Info Service, Aides, Act up et le Sneg réfléchit à une action commune sur Internet.

Les campagnes ciblées vers les homosexuels séropositifs font toujours débat au sein des associations. De la réduction des risques sexuels lancée par Aides jusqu'au concept de santé gaie du collectif Warning, il s'agit de construire une prévention qui valorise les comportements de solidarité, de responsabilité et de citoyenneté.

Un premier séminaire européen sur la santé gay s'est tenu à Paris en juin 2007 et a permis d'échanger autour des expériences en matière de prévention du VIH chez les gays. Un Salon International Gay et Lesbien a eu lieu également au Carrousel du Louvre en novembre 2007. Ces manifestations devraient avoir des retombées positives en matière de capitalisation des savoir-faire et d'échanges d'expériences.

La prévention se joue à tous les niveaux. Au niveau individuel, l'enjeu pour les acteurs de la prévention est de reconquérir en permanence l'adhésion individuelle des personnes. Chacun doit être convaincu à chaque instant de la nécessité d'inventer individuellement et avec ses partenaires des manières de se protéger et de réduire les risques sans que soient perturbées leurs relations et leurs aspirations sexuelles. Il s'agit de prendre des décisions personnelles adaptées à la grande diversité des situations relationnelles.

Dans son discours du 1er décembre, la Ministre de la Santé a rappelé que les personnes les plus exposées au risque constituent les publics prioritaires des actions de prévention et qu'il faut s'appuyer sur l'expérience associative pour la diffusion au plus près des populations notamment les homosexuels et bisexuels ainsi que les transexuels.

 

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