Le point sur…

 

La prévention auprès des jeunes


En France, le nombre annuel de diagnostics de sida chez les 15-24 ans est faible, environ 40 cas par an, ce qui est normal compte tenu de la durée de l'incubation. Ce qui est plus inquiétant, c'est qu'il ne diminue pas depuis 1998, alors qu'il diminue régulièrement chez les plus de 25 ans. Au diagnostic de sida, environ la moitié des jeunes comme des plus âgés ignorait leur séropositivité.

Pour les nouveaux diagnostics de séropositivité en France, la classe d'âge 20-29 ans est la deuxième représentée avec 25 % des contaminations, dont une majorité de femmes. Les 15-24 ans représentent 12% de l'ensemble des découvertes de séropositivité notifiées. Quatre sur cinq de ces jeunes ont entre 20 et 24 ans. La proportion de femmes est plus élevée chez les jeunes de 15 à 24 ans (68%) que dans le reste de la population (globalement 39%).

 

 

 

Les enquêtes mesurant les connaissances, attitudes et pratiques des Français (KABP) attestent que le thème du sida a reculé dans l'intérêt général en particulier chez les jeunes et que la perception de la dangerosité du sida a considérablement diminué : 46,9% des personnes craignent le sida pour elles-mêmes en 1994 contre 23% en 2004. Cependant, la répartition des appels sur Sida Info Service en 2006 montre que 7,7% des appelants sont âgés de moins de 20 ans et 40,7% ont entre 20 et 29 ans. Près des trois-quarts des appelants de moins de 25 ans du dispositif ne connaissent pas leur statut VIH, ils évoquent un risque ou envisagent un test.

L'analyse des données d'activité des Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit (CDAG) sur les dernières années et l'enquête transversale CDAG réalisée en 2004 montre que les jeunes ont une fréquentation importante du dispositif. En effet, la population qui fréquente les CDAG est composée en majorité de jeunes âgés de moins de 30 ans et la moitié des consultants ont moins de 25 ans. Ainsi, pour l'année 2006 sur les 305 325 tests réalisés en CDAG, 152 810 concernaient des consultants de la classe d'âge 20-29 ans (soit 50,4%) et 60 526 tests des moins de 20 ans (soit 19,82%). Parmi les jeunes de 15-25 ans ayant déjà eu un rapport sexuel, 24% ont déclaré avoir effectué un test de dépistage du VIH, au cours des 12 derniers mois.

Selon les premiers résultats du dernier baromètre santé l'âge de survenue du premier rapport sexuel est presque identique pour les garçons et pour les filles : 17,2 ans contre 17,6 ans. Cet âge varie peu en fonction de leur origine sociale. Actuellement à 25 ans, seuls 11% des hommes et 15% des femmes n'ont pas eu de rapport sexuel. Près des 2/3 des jeunes de 15-25 ans ont eu un rapport sexuel au cours de leur vie et parmi eux 91% ont déclaré avoir été sexuellement actifs au cours des 12 mois précédant l'enquête. La proportion des jeunes sexuellement actifs augmente avec l'âge (17% à 15 ans et plus de 91% à 25 ans).

S'il n'y a pas eu d'évolution marquée dans le sens d'une précocité au premier rapport sexuel, la place qu'occupe le préservatif masculin a changé. Les données montrent une augmentation régulière et significative de l'usage du préservatif au premier rapport sexuel depuis 1988 et du maintien à un niveau élevé après cette date, jusqu'à 90% en 2007. Une telle évolution des pratiques atteste de l'efficacité des politiques de prévention. La dernière enquête KABP montre que même si l'image du préservatif s'améliore, elle reste contrastée en 2004 : si 70% pensent que le préservatif c'est banal (contre 66% en 2001), ils sont toujours plus nombreux à affirmer que le préservatif diminue le plaisir (40% vs 35%).

L'âge du premier rapport sexuel constitue le facteur le plus important pour la non utilisation du préservatif car il est ainsi moins fréquemment utilisé lorsque le premier rapport a lieu à un âge " tardif " (20 ans ou plus). Aujourd'hui, l'utilisation du préservatif relève d'une norme préventive fortement intégrée par les plus jeunes au début de leur vie sexuelle. Le niveau d'études et la pratique régulière d'une religion sont cependant des facteurs de moins bonne utilisation du préservatif lors de la première expérience sexuelle, ce qui interroge sur la situation des jeunes se trouvant aujourd'hui en dehors du système scolaire ou le quittant prématurément. Il s'agit de renforcer les actions de prévention auprès de ces populations.

 

Contraception et IVG

Malgré une large diffusion de la contraception, les données de la DREES montrent un recours à l'IVG important en France avec 210 700 IVG réalisées en 2004 (contre 203 000 en 2003) soit une augmentation de 3,6%. Sur le long terme, on constate une hausse annuelle moyenne de 1,8% depuis 1995. Cela représente un taux de 14,6 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en 2004 contre 12,3 en 1995. Une étude réalisée par l'INSERM et l'Institut National d'Etudes Démographiques souligne que le recours à l'IVG ne traduit pas nécessairement un échec de la diffusion de la contraception mais plutôt que le recours à l'IVG en cas de grossesse non prévue a augmenté.

Les enquêtes du Baromètre Santé montrent une augmentation importante du recours à la contraception d'urgence au cours des cinq dernières années notamment chez les 15-24 ans. 30% des jeunes filles de 15-19 ans déclarent avoir eu recours à la contraception d'urgence au cours de leur vie. Il est vrai que le niveau d'information à ce sujet s'est nettement amélioré et la plupart des jeunes savent qu'une ordonnance n'est pas nécessaire pour obtenir la pilule contraceptive.

En revanche, l'enquête INPES BVA montre que les jeunes véhiculent encore des idées reçues sur la contraception : 34% des 15-20 ans pensent que la pilule peut rendre stérile et qu'elle fait systématiquement grossir. Un jeune sur dix n'a pas conscience que la pilule ne protège pas du VIH ni des IST.

En Provence Alpes Côte d'Azur, l'enquête réalisée par l'Observatoire Régional de la Santé (ORS) auprès des étudiants de première année inscrits dans les universités de la région PACA montre que près de 80% des jeunes sexuellement actifs déclarent utiliser un moyen de contraception, 5% de manière occasionnelle, et 12% pas du tout. Les moyens de contraception les plus utilisés chez les jeunes sont la pilule et le préservatif masculin sachant que certains jeunes utilisent plusieurs moyens de contraception et de prévention. Chez les étudiants ayant eu des rapports sexuels avec des partenaires occasionnels, 19% des garçons et 31% des filles ont déclaré ne pas avoir toujours utilisé un préservatif.

En PACA, l'usage de la contraception d'urgence est déclaré par un tiers des jeunes et dans 2/3 des cas le recours à la contraception d'urgence chez les jeunes était occasionné par un problème de préservatif ou un oubli de pilule.

Avec comme objectif prioritaire la prévention des risques liés à la sexualité, le Centre Régional d'Information et de Prévention Sida a organisé en 2007, dans le cadre de la politique menée par le Conseil Régional PACA, un concours d'affiches sur la contraception. Les jeunes de moins de 25 ans de la région PACA ont été appelés à s'exprimer à travers la création d'une affiche sur le thème : La contraception, une histoire de filles et de garçons. Le CRIPS PACA a reçu 420 productions graphiques individuelles ou collectives et c'est au total 643 jeunes qui ont participé en envoyant leurs œuvres : 315 filles, 319 garçons (9 non précisé). La contraception, c'est donc bien une histoire de filles et de garçons. La forte participation montre un intérêt réel des jeunes vis-à-vis des questions liées à la sexualité en général et à la contraception en particulier. Les affiches réalisées permettront de continuer la diffusion du message de prévention autour de la contraception en direction des jeunes à partir d'outils conçus par les jeunes pour les jeunes.

Le pôle prévention du CRIPS PACA intervient directement auprès des jeunes, dans les Centres de Formation des Apprentis et depuis cette année dans les lycées de la région. En 2007, ces actions de sensibilisation et ces interventions de prévention ont permis de toucher plus de 7 000 jeunes scolarisés ou en formation professionnelle. Les interventions sont axées sur une éducation à la sexualité en abordant les notions de relation à l'autre, de plaisir, d'amour, de contraception, d'infections sexuellement transmissibles dont le sida ainsi qu'une approche non discriminative de l'homosexualité. C'est donc de manière plus générale un espace de parole autour de la sexualité qui est offert aux jeunes lors des interventions.

Depuis le début de l'épidémie de sida, les jeunes sont une cible privilégiée d'interventions de prévention qui ont longtemps perduré sous la forme de cours didactiques très informatifs sur les modes de transmission et l'incitation à l'utilisation du préservatif. Mais les interventions de prévention basées sur la dispensation univoque d'un message empreint d'un savoir médical n'ayant que peu d'efficacité, quel que soit le thème abordé, la prévention du sida a évolué vers un travail de réflexion sur les comportements de chacun et des formes plus participatives impliquant directement les jeunes.

La loi du 4 juillet 2001 relative à l'interruption volontaire de grossesse et à la contraception confère à l'Education Nationale l'obligation de généraliser sur l'ensemble du cursus scolaire " au moins trois séances annuelles d'information et d'éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées par groupe d'âge homogène ". Depuis 2003, l'éducation à la sexualité constitue l'un des axes prioritaires du partenariat en santé publique entre les ministères chargés de la santé et de l'éducation nationale. Son développement permet une approche éducative qui tient compte des enjeux de santé publique : prévention du sida, des IST, des grossesses non désirées, des violences sexuelles. Le gouvernement s'est engagé depuis 2006 en faveur du préservatif à 20 centimes afin qu'il soit présent dans tous les lieux de formation, insistant sur l'importance du renforcement de l'accès des jeunes aux préservatifs.

Trouver le préservatif dans un maximum d'endroits de la vie quotidienne, c'est l'assurance de voir son usage devenir un réflexe. C'est vers les jeunes que doivent tout particulièrement se tourner les efforts afin que le réflexe préservatif s'acquière dès le début de la sexualité. Aussi, l'Education Nationale s'est impliquée dans l'installation des distributeurs de préservatifs à 0,20€ à travers une circulaire d'incitation adressée aux recteurs d'Académie à l'occasion du 1er décembre 2006. Cependant, tous les établissements ne se sont pas encore mobilisés. Un état des lieux effectué par la direction générale de l'enseignement scolaire, fin juin 2007, montre au niveau national 874 distributeurs installés pour 2 559 lycées soit un taux moyen de 34%. Une nouvelle circulaire 2007-12 du 15 novembre du Ministère de l'Education Nationale est donc venue compléter le dispositif demandant l'installation de deux distributeurs de préservatifs à 20 centimes dans chaque établissement et ce, avant les vacances de printemps 2008.

L'adolescence constitue un temps privilégié pour la construction des représentations liées à la sexualité et cette période est propice à l'acquisition des capacités de comportements de prévention tout au long de la vie. L'action préventive doit donc se situer dans une logique d'éducation à la sexualité en tenant compte des préoccupations essentielles ayant trait à l'intimité, à la vie sexuelle et à la vie sentimentale. L'objectif principal de la prévention est de donner à la personne et à l'ensemble de la population les compétences et les moyens nécessaires à la gestion de sa santé.

 

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