Dossier de synthèse documentaire
septembre 2003
L'évolution du rôle du dépistage
Les causes du dépistage tardif
Selon la définition donnée par l'InVS, le dépistage tardif concerne les personnes qui n'ont découvert leur séropositivité qu'au stade sida. Certains auteurs y ajoutent les patients diagnostiqués à un stade d'immunodépression avancé (moins de 200 CD4/µl) même sans signes cliniques de sida. D'autres comptent un délai de o à 6 mois entre la découverte de la séropositivité et le diagnostic de sida.
Epidémiologie
Depuis 1996, le nombre de nouveaux cas de sida a très fortement diminué en France s'accompagnant également d'une évolution des modes de contamination. Les relations hétérosexuelles devenant le premier mode de contamination.

L'évolution en PACA montre également des courbes qui tendent vers trois modes de contamination à peu près égaux.

Depuis 1994 en France, le nombre de personnes découvrant leur séropositivité au stade sida est stable en valeur absolue, mais le nombre de nouveaux cas de sida ayant très nettement diminué depuis l'avènement des multithérapies, leur proportion est devenue importante (51% des cas au 31 mars 2002).

Cette stabilisation observée masque cependant des évolutions différentes selon le mode de contamination mais aussi il est important de tenir compte des nuances entre les régions concernées.
En région PACA, la proportion de personnes apprenant leur séropositivité au stade sida est nettement moins importante que la moyenne française.



La méconnaissance de la séropositivité varie également selon le mode de contamination. Elle est extrêmement rare chez les usagers de drogues injectables, alors que l'on observe la plus forte proportion de personnes n'ayant pas été dépistées auparavant parmi les cas de Sida liés à une contamination hétérosexuelle.
|
SIDA, VIH, IST Etat des lieux des données 2002, InVS |
|
De même que l'on note une augmentation de la proportion d'étrangers de nationalité d'un pays d'Afrique subsaharienne dans le nombre de nouveaux cas de sida (19% en 2001, soit près du double de 1998), la méconnaissance de la séropositivité au moment du diagnostic sida varie selon les nationalités est plus fréquente chez les personnes de nationalité d'un pays d'Afrique sub-saharienne (68% sur la période 1999-2002) que chez les personnes de nationalité française (42%) ou d'Afrique du Nord (46%).
L'analyse des caractéristiques décrites dans les déclarations obligatoires de 1994 à 2001 montre une relation avec une méconnaissance de la séropositivité avant le stade sida chez les patients âgés de plus de 50 ans, ou de sexe masculin ou contaminés par voie hétérosexuelle ou originaires d'Afrique subsaharienne.
Le recours au dépistage
Dans l'enquête KABP, le recours au test de dépistage au cours de la vie et au cours de l'année est resté stable entre 1998 et 2001. Les personnes " concernées par le VIH " sont les plus nombreuses à avoir fait le test au cours de l'année : jeunes, célibataires, multipartenaires, personnes se percevant comme ayant un risque supérieur à la moyenne d'être contaminées, personnes connaissant une personne séropositive et celles déclarant avoir utilisé des préservatifs au cours de l'année.
En 2001, parmi les 56% de la population déclarant ne s'être jamais fait dépister, la principale .raison invoquée reste l'absence de risque dans 79% des cas. 9 % des personnes n'ayant jamais effectué de test ne savent pas où s'adresser, 10% pensent que cela ne sert à rien. 10% redoutent d'en connaître le résultat.
On note en 2001, une perception moindre de la dangerosité du sida avec une baisse de la crainte du sida pour soi-même et un moindre intérêt pour les campagnes de prévention. La perception du risque VIH est plus complexe mais elle traduit un désintérêt vis-à-vis de la maladie.
L'évolution du rôle du dépistage
Une étude menée par l'InVS de janvier 1991 à décembre 1999 à partir de différentes sources de données estime que moins de 25% des personnes sont dépistées dans un délai d'un an après leur contamination, mais ces chiffres mériteraient une actualisation par rapport à l'utilisation des multithérapies.
Les causes du dépistage tardif
Pour faire diminuer le nombre et la proportion de dépistages tardifs, des études complémentaires, en particulier qualitatives, sont nécessaires afin de déterminer les causes de non dépistage. Actuellement les publications restent cantonnées aux facteurs de description issus de la déclaration obligatoire de sida, ce qui est nettement insuffisant pour analyser finement cette problématique.
La vulnérabilité sociale, la précarisation ou l'exclusion représentent des barrières évidentes pour l'accès à la prévention, aux soins et bien évidemment au dépistage. La notion de vulnérabilité multifactorielle peut être aggravée par une barrière culturelle et/ou linguistique qui fait que certaines personnes n'ont pas accès à l'information parce que les messages et les vecteurs de communication ne leur sont pas adaptés.
Parmi les populations migrantes, les difficultés liées à la compréhension de la langue, au déficit d'information sur l'infection à VIH, à la situation juridique, à la précarité, ainsi qu'à l'absence éventuelle de couverture sociale sont à prendre en compte dans l'accès au dépistage. Pour les étrangers, le fait d'avoir un employeur ou d'être chômeur indemnisé est un facteur de connaissance de son statut sérologique avant le stade sida. L'intégration sociale joue un rôle évident dans l'accès aux soins et au dépistage.
La très grande majorité des personnes qui n'ont jamais pratiqué de test de dépistage dans la population générale évoque l'absence de risque. La très grande variabilité de la perception du risque chez les individus mériterait des enquêtes fines pour mettre en évidence ces différences.
Il est probable que parmi les personnes ayant une méconnaissance de leur séropositivité avant le stade sida, certaines ne se soient pas perçues comme " à risque ". Il est important de réexpliquer la notion de comportement à risque, même seulement une fois, nécessitant un dépistage vis-à-vis du VIH.
Bibliographie
ADAGE,
Dépistage auprès des personnes
primo-migrantes,
OMI (Office des Migrations Internationales), 2002, 44 p.
CAVAILLER P., PRADIER C., BENTZ L., OBADIA Y., et al.,
Disparités d'accès au dépistage de
l'infection à VIH dans la région
Provence-Alpes-Côte d'azur,
BEH (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire), 1999, 29, pp.
121-123
CAZEIN F., PILLONEL J., PINGET R., LAPORTE A., DAVID D., LOT
F.,
Données disponibles sur la surveillance du Sida, In :
Sida, VIH et IST Etat des lieux des données en 2002,
Saint-Maurice : InVS (Institut de Veille Sanitaire), 2002,
pp.10-12
CHABAUD F., RONCHEAU M.,
Evolution de 1999 à 2001 de
l'épidémiologie du VIH en Région Poitou
Charentes,
ORSPEC (Observatoire Régional de la Santé de
Poitou-Charentes), 2003, rapport n° 88,
(résumé)
CRIPS IDF,
La Prévention du VIH avec les migrants : 45ème
rencontre du CRIPS,
Paris : CRIPS IDF (Centre Régional d'Information et de
Prévention du Sida Ile de France), Lettre d'information,
2002, n° 61, 12p.
CRIPS IDF,
Sida et migrants/étrangers : accès aux droits,
à la prévention et aux soins : 49ème
rencontre du CRIPS,
Paris : CRIPS IDF (Centre Régional d'Information et de
Prévention du Sida Ile de France), Lettre d'information,
2003, n° 65, 8 p.
DELFRAISSY J-F, dir.,
Prise en charge des personnes infectées par le VIH,
rapport 2002 : recommandations du groupe d'experts,
Paris : Flammarion, 2002, 384 p.
GOUEZEL P., SIMON A., DERUINEAU J. et al.,
Consultations de dépistage anonyme et gratuit (CDAG),
bilan d'activité du dépistage du VIH,
Paris, évolution 1998-2001, BEH (Bulletin
Epidémiologique Hebdomadaire), 2002, n° 43, pp.
215-216
GOUEZEL P., LAPORTE A., LOT F., PILLONEL J.,
Factors associated with lack of awareness of HIV infection
before AIDS diagnosis -
France 1994-2001, XIV International AIDS Conference, Barcelona,
2002, Abstract Book n°2, WePeC6160, pp 121-122
GREMY I., BELTZER N., VONGMANY N., CHAUVEAU J., CAPUANO F.,
Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face
au VIH/Sida en France : évolutions 1992 - 1994 - 1998 -
2001,
Paris : ORS (Observatoire Régional de la Santé
Ile-de-France), 2001, 219 p.
InVS,
Dispositif de dépistage anonyme et gratuit du VIH : un
regard sur les consultants,
Enquête nationale juin/juillet 1999, Saint-Maurice, InVS
(Institut de Veille Sanitaire), 2000, 58 p.
InVS,
Sida, VIH et IST : état des lieux des données en
2002,
Saint-Maurice : InVS (Institut de Veille Sanitaire), 2002, 21
p.
InVS,
Surveillance du Sida en France : situation au 31 mars 2002,
BEH (Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire), n° 27,
2002, pp.133-139
LAPORTE A., LOT F., SAVIGNONI A., PILLONEL J.,
Situation du Sida dans la population étrangère
domiciliée en France,
Saint-Maurice : InVS (Institut de Veille Sanitaire), 1999, 16
p.
LEFRANC M.,
Promouvoir le dépistage volontaire du VIH auprès
des personnes primo-migrantes : évaluation de l'action,
Paris : Sida Info Service, 2003, 4 p.
LYDIE N.,
Evaluer la prévention de l'infection par le VIH en
France : synthèse des données quantitatives
(1994-1999),
Paris : ANRS (Agence Nationale de Recherches sur le Sida), 1999,
143 p.
Ministère de l'emploi et de la solidarité,
Rapport du Groupe de Travail : Traitement de l'infection
à VIH : 3. Diagnostic précoce, traitement
antirétroviral après exposition et dépistage
de l'infection par le VIH,
Paris : CFES (Comité Français d'Education à
la Santé), 1998, 76 p.
MOATTI J.P., DIANE BEN K., REY D.,
Dépistage du VIH en Europe : le point sur les politiques
et les pratiques de dépistage,
Marseille : ORS PACA (Observatoire Régional de la
Santé Provence Alpes Côte d'Azur), 2000, 107p.
SEMAILLE C.,
Réduire le délai entre contamination par le VIH
et prise en charge thérapeutique,
Transcriptase n° 96, 2001, pp.22-24
TALLEC A., LELIEVRE F.,
Sida et VIH : situation épidémiologique dans les
pays de la Loire en 2002,
Nantes : ORS (Observatoire Régional de la Santé),
2002, 4p.