Dossier documentaire
avril 2000
Les femmes et l'infection à VIH
retraitDonnées Epidémiologiques
retraitLes femmes face à l'infection à VIH
Le préservatif féminin
retraitAvantages et inconvénients du préservatif féminin
retraitLa diffusion du préservatif féminin
retraitLa situation française
retraitLe point sur les principales études et enquêtes
retraitFiabilité et efficacité en matière de contraception et de protection contre les MST et le VIH
retraitAcceptabilité
retraitProblèmes rencontrés lors des enquêtes
retraitSuggestions pour les actions de prévention utilisant le préservatif féminin
Bibliographie
retraitLes femmes et l'infection à VIH
retraitLe préservatif féminin
Les femmes et l'infection à VIH
Lhistoire et les représentations de lépidémie de sida en Occident ont eu des conséquences graves sur la population hétérosexuelle, en particulier les femmes, en terme de prévalence et de prise en charge. Les spécificités de linfection dans la population féminine, tant au plan social que médical, ont été jusquà présent peu étudiées. La problématique de linfection à VIH chez les femmes est le plus souvent abordée sous le seul angle de la transmission materno-ftale.
Au cours des dix dernières années, la proportion de femmes parmi les personnes touchées par le sida a doublé en Europe, passant de 11 % en 1986 à 21 % en 1996.
Au 30 juin 1999, 38 240 cas de sida ont été diagnostiqués chez les femmes européennes, soit 17,7 % de lensemble des cas cumulés. Environ 50 % des ces femmes ont été contaminées par toxicomanie et 40 % lors dune relation hétérosexuelle.
La progression de la contamination des femmes par le VIH est une des tendances les plus nettes de lépidémie en Provence-Alpes-Côte dAzur.
1614 nouvelles séropositivités ont été découvertes du 1er juillet 1995 au 30 juin 1997, dont 34,2 % concernent les femmes.
Pour la période du 1er juillet 1995 au 30 juin 1996 la proportion de femmes était 32,7 % alors que la période suivante (1er juillet 1996 au 30 juin 1997) cette proportion passe à 36,5 %.
Sur lensemble des deux périodes, 67 % dentre elles avaient été contaminées par relation hétérosexuelle et 16,3 % par usage de drogue par voie injectable.
Ces femmes sont significativement plus jeunes que les hommes (32 ans, en moyenne, contre 35 ans) et 42 % dentre elles ont moins de 30 ans
Semblent les plus exposées au risque de contamination :
- les femmes UDVI,- les femmes ayant un conjoint séropositif, particulièrement les compagnes dUDVI, car dans 22 % des cas hétérosexuels en PACA (1978 à 1994), le partenaire est usager de drogue,
- les femmes jeunes, seules, car le plus souvent multipartenaires, ou en situation de précarité,
- les femmes confrontées à une situation personnelle qui les expose davantage à des prises de risque, notamment les femmes de plus de 40 ans, divorcées.
En ce qui concerne les cas de sida déclarés au 31 décembre 1998 :

Les femmes face à l'infection à VIH
En lan 2000, il y aura plus de femmes contaminées dans le monde que dhommes, et ce sont en majeure partie, des femmes précarisées ou marginalisées qui sont atteintes. Aux Etats-Unis, par exemple, les derniers chiffres mettent en évidence une diminution de la mortalité globale et de la contamination dans les groupes à risque, mais une augmentation des contaminations chez les femmes noires et en situation de précarisation. De plus, le diagnostic de séropositivité est souvent fait à loccasion dune grossesse. Aussi faut-il sinterroger pour savoir comment conduire des actions qui aient un impact auprès de ces populations. Aujourdhui, rien -ou presque- nest fait pour les femmes, avec les femmes et par les femmes.
Une population vulnérable
Or, biologiquement, la vulnérabilité des femmes au regard du risque de contamination lors dun rapport hétérosexuel serait au moins de deux à quatre fois supérieur à celui encouru par lhomme. Leur muqueuse vaginale est fragile et la concentration du virus est plus importante dans le sperme que dans les sécrétions vaginales. De plus, le sperme peut rester plusieurs jours dans le tractus génital féminin. Dautres facteurs de risque interviennent : règles, perméation du col pour les femmes les plus jeunes, post-partum, maladies sexuellement transmissibles, rapports traumatisants ou non désirés dans lesquels la lubrification est insuffisante et qui favorisent les microlésions, ménopause qui fragilise les muqueuses.
Physiquement plus exposées, elles sont souvent économiquement, socialement émotionnellement ou culturellement dans limpossibilité dexiger la protection de leurs rapports sexuels.
Beaucoup de femmes vivent des relations sexuelles quelles nont pas désirées. Les agressions, les viols, les situations dabus sexuels ne sont pas souvent exprimés. Ces relations de domination des hommes sur les femmes sont vécues la plupart du temps sans préservatif.
Par amour, par peur de la séparation, de linsécurité financière ou de la solitude, certaines femmes pour garder leur partenaire sont prêtes à accepter des relations à risques non protégées.
En état de précarité financière et souvent en charge denfants, les femmes auront pour priorité la recherche des ressources, de travail et dhébergement plutôt que la prévention ou autre souci de soi.
Certaines vulnérabilités sont religieuses ou culturelles. Parler de la sexualité dans certains milieux est tabou, le préservatif nest pas admis et la femme est contrainte de vivre des relations sexuelles sans protection.
La vie conjugale et le mariage deviennent parfois le principal risque de contamination au VIH pour les femmes, du fait du déni des conjoints séropositifs.
Les moyens alternatifs de prévention
Le préservatif masculin, lorsquil est utilisé de manière cohérente et correcte, est théoriquement efficace à 100 % contre le VIH, mais sil nest pas utilisé systématiquement, son taux defficacité est alors tout à fait aléatoire.
Cest pourquoi les femmes ont le droit davoir le choix entre plusieurs méthodes, même si elles ne sont pas idéales. De plus, lutilisation de méthodes barrières permet aux femmes de mieux connaître leur anatomie et leur physionomie, notamment par le toucher, sensation qui a progressivement disparu avec lutilisation massive de la pilule contraceptive.
Diverses méthodes contraceptives féminines locales (diaphragme, cape cervicale, spermicides) ainsi que le préservatif féminin, ont démontré leur potentiel à réduire le risque du VIH et dautres MST. Le degré defficacité dans lutilisation des méthodes à initiative féminine contre les MST est souvent supérieur à celui du préservatif masculin, car leur utilisation est contrôlée par les femmes.
En France, le débat sur les alternatives au seul préservatif masculin nexistait pas jusquà présent et très peu de recherches existent sur le sujet. Ces moyens de protection sont presque inexistants, tant en termes dinformation que de diffusion.
Devant ces constats, le Planning Familial des Bouches-du-Rhône, avec le soutien de la DDASS 13, a mis en place un programme pilote de sensibilisation intitulé "Femme : mon corps et moi". Des groupes dune dizaine de femmes volontaires, dhorizons socioculturels très divers, ont été constitués dans des centres sociaux, des structures dhébergement ou des associations. Avec cinq séances de deux heures, organisées autour dune animatrice spécialement formée, elles sont amenées à parler de leur corps, de leur sexualité, de leurs problèmes de santé, de contraception, de prévention et de leurs relations avec les professionnels de santé.
Une première évaluation de ce programme a montré le manque dinformation des femmes sur ces différents sujets et lenthousiasme quelles mettent à échanger et à apprendre. Les discussions entre elles montrent les violences et les rapports sexuels forcés que subissent beaucoup dentre elles, mais aussi leur volonté de se protéger contre les MST et le sida.
Dans le cadre de ce programme, les préservatifs masculin et féminin sont présentés, ainsi que les autres méthodes barrières.
Le préservatif féminin
Eest un fourreau souple, mais solide, en polyuréthane, environ de la même longueur quun préservatif masculin, mais plus large. Le fourreau comporte un anneau en plastique à chaque extrémité. Lanneau à lextrémité fermée permet dinsérer le dispositif dans le vagin et de le maintenir en place contre le col de lutérus. Lanneau à lextrémité ouverte est légèrement plus large et demeure hors du vagin, recouvrant à la fois la partie génitale externe de la femme et la base du pénis de lhomme.
Les préservatifs féminins sont équipés dun lubrifiant qui rend linsertion plus facile et permet des mouvements confortables pendant lacte sexuel. Ils sont conçus actuellement pour une utilisation unique.
Avantages et inconvénients du préservatif féminin
Avantages
La liberté
- Contrôle de la femme qui peut le placer, éventuellement sans laccord de son partenaire, quelques heures avant les rapports sexuels (bien que ce ne soit pas confortable) ou juste avant et il nest pas nécessaire dôter le préservatif féminin immédiatement après léjaculation.- Il sutilise sans ordonnance ni assistance médicale et ne doit pas être spécialement adapté à chaque femme.
- Il peut être utilisé avec nimporte quel lubrifiant.
- Certaines femmes le trouvent plus facile à utiliser que dautres méthodes barrières et il ne nécessite pas lemploi de spermicides.
La fiabilité
- Grâce au polyuréthane, il est à la fois solide et durable. Aucun dispositif particulier de stockage, la matière nétant pas affectée par les changements de température et lhumidité (contrairement au latex). Sa durée de conservation est de 60 mois (5 ans) à partir de sa date de fabrication.- Le taux de déchirure est inférieur à celui du latex.
- Il recouvre la plus grande partie des organes génitaux, donc constitue une barrière plus efficace contre les MST.
- Le confort
- Il ne serre pas le pénis, ce qui permet de réfuter les réticences masculines relatives aux sensations dinconfort, comme cest parfois le cas avec le préservatif masculin.
- Le polyuréthane transfère mieux la chaleur corporelle que le latex, les sensations sont donc moins diminuées pour les deux partenaires.
- Il peut être utilisé par les personnes présentant une allergie au latex.
- Le préservatif féminin peut présenter un intérêt pour les femmes qui ont des rapports sexuels douloureux en raison dune sècheresse vaginale.
Inconvénients
- Il reste cher. Son prix moyen aux Etats-Unis est à peu près cinq fois celui du préservatif masculin.- Le coût de production du préservatif féminin sera probablement toujours plus cher que le préservatif masculin, le polyuréthane est plus cher que le latex et il en faut davantage. Le processus de fabrication est plus onéreux.
- Il recouvre les organes génitaux féminins, ce qui rebute un certain nombre de couples.
- Le lubrifiant de base est gras, il ne senlève pas à leau seule ; il faut avoir sous la main du savon ou des kleenex.
- Des raisons sont fréquemment invoquées pour justifier labandon de ce dispositif :
- Certaines utilisatrices se plaignent du bruit quil fait pendant les rapports.- En cas demploi vigoureux, il lui arrive dêtre poussé à lintérieur du vagin.
- Son utilisation est difficile pour les jeunes filles lors des premiers rapports sexuels.
La diffusion du préservatif féminin
Proposé pour la première fois par un médecin danois (Lasse Hessel) au milieu des années 80, il est distribué dans certains pays d'Europe dès 1991 et aux Etats-Unis en 1993. Il est actuellement commercialisé dans 13 pays (Afrique du Sud, Argentine, Autriche, Corée, Etats-Unis, Espagne, Grèce, Hong-Kong, Pays-Bas, Royaume-Uni, Singapour, Suisse, Thaïlande) et diffusé dans 22 autres par les programmes de l’UNAIDS. Il est fabriqué par la Female Health Company, par le biais de sa filiale Chartex International de Chicago, USA. Les marques sont Reality®, Femidom® et Femi®.
En France, la procédure de commercialisation a débuté en 1991. Le laboratoire Polivé, candidat à la distribution du Femidom®, est assez confiant dans une rapide mise sur le marché, le produit ayant reçu le soutien de lAFLS et le Ministère de la Santé lui ayant accordé son visa publicitaire. En outre lAFNOR discute de sa normalisation.
Fin 1992, il est décidé que sa commercialisation pourra seffectuer et quil peut être mis sur le marché, malgré les réticences de lAFNOR. Il apparaît donc que le climat politique est très favorable.
La société Chartex (seul fabricant) se révèle par contre frileuse face au marché français et refuse à Polivé de lui fournir le stock demandé, au motif quil lui faut fournir au préalable les marchés suisse et anglais. LAFNOR, lassée de ces problèmes commerciaux, décide de stopper complètement le processus de normalisation et Polivé se retire.
En 1993, la FDA américaine publie une étude sur le Femidom® qui révèle une capacité de contraception plus limitée que celle décrite jusqualors, notamment par la société Chartex (26% de risque au lieu des 15% maximum énoncés).
La FDA délivre quand même une autorisation de mise sur le marché du Femidom®, considérant que, malgré le taux de risque élevé en matière de contraception, ce produit peut jouer un rôle dans la prévention des MST et du VIH. ("En matière de prévention, devant la stagnation du préservatif masculin, mieux vaut un préservatif féminin que rien du tout.")
En France, ce chiffre devient une preuve de non-fiablité, malgré les modérations apportées qui ramènent le taux déchec contraceptif à 15% années-femmes, soit léquivalent du préservatif masculin, considéré à lépoque comme la norme en matière de prévention du VIH. Bien que le diffuseur souligne largement quil ne prétend pas que son produit remplace le préservatif masculin mais le seconde, toute démarche liée à la distribution du préservatif féminin a été abandonnée pendant plusieurs années.
Depuis le 15 juin 1998, le préservatif féminin est légalement autorisé sur le marché français puisquil bénéficie de la norme européenne. Le Ministère de lEmploi et de la Solidarité, la Direction Générale de la Santé et la Confédération du Mouvement Français pour le Planning Familial négocient un plan expérimental pour la mise à disposition du préservatif féminin aux femmes les plus précarisées ou défavorisées en terme de prévention du VIH, par le biais des centres de planning et les associations de lutte contre le sida. La société Terpan qui les importe en France les diffuse en grand nombre. En revanche, il est toujours extrêmement difficile et souvent hors de prix de se procurer des préservatifs féminins en pharmacie.
Le point sur les principales études et enquêtes
Un article de synthèse paru en 1992 dans Médecine et Hygiène (Zufferey M.M., Que penser du préservatif féminin ? Méd. et Hyg. 50, 1285-1289, 1992) répond bien aux interrogations sur la conception, la fiabilité, lacceptation du préservatif féminin. Il conclut que le Femidom® est une nouvelle méthode intéressante par son aspect sécurité dans le domaine de la contraception et de la transmission des MST et du sida, qui présente peu de désavantages hormis son prix élevé, mais le problème de lacceptation pour une utilisation régulière nest pas encore résolu.
En parallèle, l'ouvrageLa contraception (Serfaty D. et al, 676-677, Doin éditeurs, Paris, 1992) consacre un chapitre de mise au point et dinformation à ce sujet.
En 1994, lInstitut de Médecine Sociale et Préventive de Zürich publie les résultats dune enquête et dune recherche orientée spécifiquement sur la prévention du sida chez les utilisatrices du préservatif féminin après sa commercialisation (Schmid M., Twisselmann W., Heusser R., Bauer G., Gutzwiller F., Stellenwert des Kondoms für die Frau in der Aidsprävention, ISPM, Zürich, 1994.)
Fiabilité et efficacité en matière de contraception et de protection contre les MST et le VIH
Les résultats dune étude comportant un test de résistance à leau (Leeper M.A. et al, Evaluation on the WPC 333 female condom barriers, Int. Conf. Aids 5, 749, 1989)montrent que le risque de rupture est significativement inférieur à celui du préservatif masculin (p = 0.001). Les auteurs ont calculé également, une probabilité combinée de risque de rupture, de glissement et de dissémination vaginale. Les résultats sont largement en faveur du préservatif féminin, 3,3 % versus 11,5% avec le préservatif masculin.
Les essais réalisés sur les préservatifs féminins indiquent que les fuites de sperme sont moindres quavec le préservatif masculin et que le risque de pénétration du sperme dans le vagin en raison du déplacement du préservatif est inférieur denviron un tiers (Préservatif féminin et sida : point de vue ONUSIDA, avril 1997).
Si lon se réfère à une "bonne utilisation", le taux déchec en matière de contraception est de 2.6% aux USA, soit un taux voisin de celui du diaphragme, mais meilleur que celui de léponge spermicide. (Trussel J. et al, Comparative contraceptive efficacity of the female condom and other barriers methods, Fam. Plann. Perspect. 26, 66-72, 1994)
Une étude de lONUSIDA réalisée en 1995, en Thaïlande, indique que la disponibilité des préservatifs féminins peut véritablement réduire les rapports sexuels non protégés chez les prostituées. Certains groupes témoins ont reçu uniquement des préservatifs masculins, alors que les autres avaient à disposition des préservatifs masculins et féminins. Les personnes ayant reçu les deux types de préservatifs ont déclaré avoir eu moins de rapports non protégés et l'incidence des MST contractées au cours de cette période est diminuée d'un tiers par rapport aux groupes témoins. (Préservatif féminin et sida : point de vue ONUSIDA, avril 1997).
En 1993, le Morbidity Mortality Weekly Reportdéplore labsence détudes cliniques spécialement consacrées à la transmission du VIH et cite une étude du laboratoire Reality TM où 86 femmes ayant utilisé le préservatif féminin de façon correcte et constante, présentent un taux déchec en contraception à 11% années-femmes. (Barrier protection against HIV infection and other sexually transmitted diseases, MMWR 42, 589-591 597, 1993)
D'autres compte-rendus laissent penser que l'utilisation du préservatif féminin n'est pas toujours optimale, que lanneau interne nest pas constamment en place ou bouge au moment du rapport, mais aucun n'évoque linfluence des diverses positions.
La question de lacceptabilité, souvent liée au confort, est importante car elle influence la compliance à une bonne utilisation.
En France, une étude a été menée dans un groupe de 27 femmes prostituées (116 préservatifs utilisés). A noter, 2 femmes ont employé le même préservatif féminin avec trois clients consécutifs.
67 clients ayant utilisé le préservatif féminin ont donné leur avis : 36 marquent une préférence pour le préservatif féminin, 15 pour le préservatif masculin, et 16 les trouvent équivalents. Sur 17 femmes ayant donné leur avis, 9 préfèrent le préservatif masculin, 7 le préservatif féminin et 1 les trouve équivalents. (De Vincenzi I. et al, Le préservatif féminin : un essai dacceptabilité réalisé par un groupe de femmes prostituées à Paris, BEH 7, 33, 1994)
Malgré les défauts signalés, cette bonne acceptabilité du préservatif féminin est retrouvée par W. Bounds dans un groupe de 106 femmes recrutées dans un centre de planning familial : 43% des partenaires hommes préfèrent le préservatif féminin et la moitié des femmes na pas trouvé son plaisir diminué (Bounds W. et al, Female condom : a clinical study of its use, effectiveness and patient acceptability, Brit. J. Fam. Plann. 18, 36-41, 1992). Par ailleurs, certaines ont déclaré quelles se sentaient rassurées avec un préservatif féminin parce quelles savaient que le polyuréthane était plus solide que le latex, et elles craignaient donc moins quil ne se déchire.
En revanche, dans une étude menée au Zimbabwe, des prostituées redoutaient que la partie visible du préservatif féminin ne rebute leurs clients (Préservatif féminin et sida : Point de vue ONUSIDA, avril 1997).
Une enquête réalisée par l'équipe du Pr Henrion à lHôpital Port-Royal à Paris, au début des années 90, montrait que dans les couples sérodiscordants, les femmes étaient en grande majorité très favorables à un usage alternatif du préservatif féminin et préservatif masculin pour alterner la prise en charge de la prévention. (Ahouanto M. et Souyris A., Prévention féminine, Le Journal du Sida, 85, 15, mai 1996)
Une enquête à caractère marketing réalisée en Suisse par limportateur sur un échantillon de 411 personnes donne des résultats assez conformes : 39% lont utilisé plus dune fois, 28% trouvent son emploi facile, 32% difficile. Le but recherché est la contraception dans 23% des cas et la protection des MST ou du VIH pour 40%. Sur les 218 qui veulent continuer à lutiliser, 91% le feront occasionnellement, 25 % le prévoient comme moyen anticonceptionnel et 75% comme protection.(Schmid M., Twisselmann W., Heusser R., Bauer G., Gutzwiller F., Stellenwert des Kondoms für die frau in des Aidsprävention, ISPM, Zürich, 1994)
A Mexico, dans un groupe de 24 femmes prostituées, les réactions initiales, à la présentation du préservatif féminin ont été plutôt négatives. On a insisté sur lavantage que ce dispositif présentait vis-à-vis des clients réfractaires au préservatif masculin. Aux visites de contrôle, les femmes ont rapporté la satisfaction de leurs clients et le fait que la plupart ne percevaient pas la présence du préservatif féminin. Néammoins, peu des intéressées ont demandé à être ravitaillées de nouveau. (Ortiz V. et al, The acceptability of female condoms among sexual sex workers in Mexico City, Int. Conf. Aids 8, 496, 1992)
Toujours à Mexico, dans le cadre dune étude qualitative sur deux groupes de femmes (30 prostituées et 30 autres, trois séances de travail de groupe ont eu lieu pour explorer le domaine des relations sexuelles, parler des MST et du VIH, expliquer lusage du préservatif féminin et en distribuer. Des rencontres ont été organisées à deux mois et à six mois. La conclusion est que le machisme étant dominant, la négociation lors des relations sexuelles est pratiquement inexistante, mais dépend du niveau déducation et socio-économique et de la dépendance économique de la femme. Les femmes qui utilisaient déjà un préservatif masculin ont montré beaucoup de réticence à passer au préservatif féminin et les prostituées ne lont pas utilisé (Hernandez G. et al, The empowerment of women and the female condom in Mexico, HIV-Infect.Women Conf., 84, Feb 22-24, 1995 ).
Une étude sur 18 femmes afro-américaines, à la Nouvelle Orléans, visait à estimer non seulement lacceptabilité du préservatif féminin mais également les connaissances, attitudes et comportement, par le biais dune série de discussions de groupes. Certaines craintes initiales se sont révélées quant à lusage du préservatif féminin, mais les femmes ont souhaité en continuer lemploi, le préférant au préservatif masculin (Shervington D.O., The acceptability of the female condom among low-income African American women, J. Nat.Med.Assoc.85, 341-347, 1993)
Dans une vaste étude portant sur près de 600 femmes des zones urbaines et rurales en Afrique du Sud, 84% des femmes ont affirmé quelles emploieraient dorénavant le préservatif féminin, 47% d'entre elles ont déclaré que leurs partenaires lappréciaient ou navaient pas de difficultés à son égard.(Préservatif féminin et sida : Point de vue ONUSIDA, avril 1997).
Problèmes rencontrés lors des enquêtes
Les principales difficultés rencontrées lors de ces enquêtes sont liées à la constitution des échantillons, aux orientations données par les structures qui réalisent ces enquêtes et au nombre de réponses collectées.
A titre dexemple, lInstitut de Médecine Sociale et Préventive de Zürich a lancé sa propre enquête en 1992, en diffusant dans les lieux de vente de Zürich, Berne et Bâle un important questionnaire destiné aux utilisatrices. Sur les 3000 questionnaires prévus, 1495 ont été diffusés. Pendant la période détude, seuls 15 questionnaires remplis ont été recueillis.
Dans dautres cas, on a quelque peine à connaître les caractéristiques des populations ciblées et lon constate souvent que le nombre de personnes est limité, ce qui peut introduire un biais, même si le nombre de rapports et de préservatifs utilisés sont élevés.
Par ailleurs, se pose la question de la fiabilité des réponses qui peuvent se trouver biaisées par plusieurs facteurs tels que, par exemple, lobligation de remplir les questionnaires pour avoir accès à des consultations médicales, des séances de counseling ou obtenir des préservatifs.
Les enjeux de la structure commanditaire de lenquête sont également à prendre en compte, dans la mesure où ils peuvent orienter les résultats en offrant par exemple une rémunération ou des cadeaux aux personnes interrogées.
Suggestions pour les actions de prévention utilisant le préservatif féminin
Lacceptabilité du préservatif féminin (et donc les conditions de son utilisation et son éventuelle pérennisation) est intimement liée à la présentation qui en est faite et à l'explication du mode demploi, doù le rôle important des professionnels de santé, qui grâce au counseling, peuvent permettre une bonne acceptation et donc une meilleure utilisation future du préservatif.
De nombreux articles évoquent les réactions très défavorables de l'auditoire féminin lors de la présentation du préservatif féminin au sortir de son emballage. Certains auteurs suggèrent de préparer l'assistance, lors de présentation en groupe, en montrant un schéma du dispositif en position intra-vaginale, puis en faisant circuler le préservatif rempli deau chaude (colorée par exemple) parfois même, privé de son anneau interne.
En revanche, il semblerait que, contrairement à l'expérience que nous avons du préservatif masculin (cf manège enchanté), lutilisation de modèles anatomiques féminins ne soit pas concluante, leur rigidité ne permettant pas de simuler valablement lintroduction, puis la mise en place de lanneau interne. Le dispositif apparaît alors comme quelque chose de difficile à utiliser.
Linformation sur la mise en place du préservatif féminin doit pouvoir sappuyer sur une bonne connaissance du corps sur le plan anatomique, et particulièrement des organes génitaux féminins, et nécessite donc une information préalable pour la plupart des femmes concernées. Tous les groupes de travail sur le préservatif féminin doivent commencer par un rappel anatomique systématique même si les participantes ne le demandent pas. Il est en effet toujours difficile "davouer" dans un groupe, son ignorance par rapport à son propre corps.
On remarque que beaucoup dexpériences sont menées avec des groupes à risque (prostituées), des catégories socialement défavorisées, ou dans des pays en voie de développement. Dans une action de prévention en milieu ouvert, il peut être difficile de citer de façon convaincante et sans choquer lauditoire, les résultats qui en découlent. Dans les articles référencés, plusieurs auteurs estiment que des comportements réticents ou réfractaires à l'utilisation du préservatif féminin proviennent de ce que les personnes se sentent assimilées à ces groupes de population et le refusent.
Il faut garder présent à l'esprit que très peu d'études portent sur la fiabilité du préservatif féminin dans la prévention de la transmission du VIH mais il ne serait ni judicieux, ni honnête démettre constamment des doutes sur son efficacité, tout en taisant par exemple, une certaine stagnation dans le recours au préservatif masculin, en parallèle avec une fragilité relativement persistante (souvent liée à un mauvais usage).
Pour les deux dispositifs, le succès est lié à un usage respectant strictement les consignes de mise en place et tenant compte de la fragilité des membranes.
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