Dossier de synthèse documentaire
octobre 2000
Le système immunitaire et l'immunothérapie
retraitle processus génral du système immunitaire
retraitL'action de l'immunothérapie dans ce système
Les modes d'action de l'immunothérapie
retraitL'interleukine-2
retraitLa vaccinothérapie
Introduction
Pour la première fois, on s'est trouvée confrontée à travers le virus du sida, à une infection qui s'attaque directement au système immunitaire. Le VIH, qui fait partie de la famille des rétrovirus, infecte en particulier les lymphocytes CD4, cellules du système immunitaire.
Parallèlement à l'utitlisation des traitements antirétroviraux qui agissent directement sur le virus, la recherche se penche sérieusement sur la piste de l'immunothérapie qui a pour but de renforcer le système immunitaire. Ces deux traitements deviendraient donc à terme complémentaires dans leur lutte contre l'infection à VIH.
Pour mieux comprendre ce qu'est l'immunothérapie, nous allons tout d'abord tenter de se rappeler le rôle et le fonctionnement du système immunitaire.
Le système immunitaire et l'immunothérapie
le processus général du système immunitaire :
Le système immunitaire est une arme de défense de l'organisme.
Lorsqu'un agent infectieux pénètre dans l'organisme, le système immunitaire réagit : des globules blancs repérent les micro-organismes infectieux dans les tissus (par exemple dans les muqueuses génitales ou rectales dans le cas du VIH). Ces globules blancs sont composés de deux familles différentes de cellules :
- les lymphocytes B qui fabriquent des anticorps. Ces anticorps s'attaquent aux agents pathogènes et les neutralisent. A chaque microbe correspond un anticorps spécifique.-les lymphocytes T qui détruisent directement les cellules infectées. Parmi ces lymphocytes T, on trouve des lymphocytes TCD8+ et des lymphocytes TCD4+. Les TCD8+ sont aussi appelés les "T killers" à cause de leur rôle de suppresseur direct des cellules étrangères. Les TCD4+ sont eux les véritables chefs d'orchestre des réponses immunitaires. Ils sont chargés de repérer les présences étrangères et de donner l'alerte en émettant des messages (notamment chimiques) destinés à avertir du danger. Ainsi ils peuvent déclencher la défense en recrutant d'autres globules blancs, d'où leur surnom les "T helpers".
Ces deux armes s'auto-régulent et agissent simultanément et de manière complémentaire pour défendre notre organime des agents infectieux.
Cependant, le VIH a la redoutable particularité d'attaquer de façon préférentielle les lymphocytes TCD4, chefs d'orchestre des défenses immunitaires. Il détourne le programme de défense des lymphocytes TCD4. Cela se traduit, au cours de d'infection à VIH, par un déclin progressif du nombre des lymphocytes TCD4. Lorsque le système immunitaire est très diminué, différentes maladies "opportunistes" surviennent chez les personnes infectées par le VIH qui entrent alors dans la maladie sida.
Malgré l'attaque dont il fait l'objet, le système immunitaire est capable de produire des anticorps contre le virus. Cependant, ces anticorps ne permettent pas d'empêcher l'évolution, contrairement à ce qui se passe pour d'autres maladies. C'est à ce niveau là que l'immunothérapie a son rôle à jouer : renforcer le système immunitaire.
l'action de l'immunothérapie dans ce système
Que pourrait apporter l'immunothérapie aux personnes infectées par le VIH ?
Les traitements actuels sont les multithérapies (association de plusieurs antirétroviraux). Ces associations médicamenteuses se sont révélées efficaces pour l'inhibition de la réplication du VIH. Cependant, trois limites sont apparues peu à peu depuis leur utilisation en 1996 :
- les traitements ne permettent pas de guérir de l'infection par le VIH : le virus mute et chaque nouveau virus est un peu différent du précédent. Ces mutations induisent des résistances aux médicaments, d'où une perte d'efficacité.- la prise des médicaments s'accompagne d'effets indésirables plus ou moins importants, d'où des problèmes d'adhérence aux traitements.
- le virus ne peut pas actuellement être éradiqué : il existe toujours des cellules et des tissus dans lesquels le virus se retranche. Dans ces réservoirs ou sanctuaires, le virus reste caché, mais à la moindre occasion (arrêt du traitement par exemple) il ressurgit.
Afin d'améliorer les traitements actuels, l'une des voies les plus encourageantes est l'immunothérapie.
Qu'est-ce-que l'immunothérapie ?
Il a été démontré que les défenses immunitaires de l'organisme restent capables de contrôler en partie l'intense multiplication du virus. Après quelques mois, une sorte d'"état d'équilibre" s'installe entre le virus et le système immunitaire. Contrairement à ce qui est observé dans d'autres infections virales, le système immunitaire n'est pas capable de maintenir ce contrôle sur le VIH. Progressivement, le virus parvient à déjouer les armes que lui opposent les défenses immunitaires.
A la différence des antirétroviraux qui agissent directement sur le virus, l'immunothérapie a pour rôle de renforcer ou de stimuler le système immunitaire qui dispose naturellement de moyens de défense pour limiter la multiplication virale.
Prenons par exemple, l'histoire du patient de Berlin. Il commença son traitement juste après sa primo-infection, avec une combinaison contenant de l'hydroxyurée, et l'interrompit deux fois pour finalement l'arrêter complètement sans rebond de la charge virale. Les dernières techniques ont pu mettre en évidence de très faibles quantité de VIH vivant dans ses cellules, 19 mois après qu'il ait cessé de se traiter. Cette histoire prouve concrêtement que le système immunitaire est capable de contrôler le VIH, même chez une personne qui avait à l'origine une forte charge virale et qui dut recourir aux antirétroviraux pour la supprimer.
L'objectif de l'immunothérapie est de parvenir à aider le système immunitaire à opposer une défense efficace et durable au VIH. Plusieurs études vont tenter de montrer que grâce à l'aide de l'immunothérapie combinée avec les antirétroviraux, le nombre de lymphocytes CD4 va remonter chez la plupart des patients, de façon importante et durable. Autre point important, les fonctions de ces lymphocytes CD4 devraient en partie être restaurées, et les défenses immunitaires pourraient à nouveau jouer leur rôle de protecteur de l'organisme face à certains agents pathogènes.
Cette piste de l'immunothérapie a donc, à terme, pour objectif de permettre aux personnes malades de pouvoir arrêter ou réduire leur traitement antirétroviral lourd d'effets secondaires, l'immunité naturelle prenant alors le relais.
Les modes d'action de l'immunothérapie
LL'interleukine-2 joue un rôle central dans la régulation de l'immunité cellulaire et humorale. Elle stimule l'activation et la prolifération des cellules T (CD4, CD8). La production d'interleukine-2 est un processus normal de la réponse immunitaire de tout individu. Cependant, une personne infectée par le VIH voit sa production naturelle d'interleukine-2 se réduire.
Dès le début des années 1990, une étude a montré que l'administration de l'interleukine-2 par voie intraveineuse ou sous cutanée chez les patients peu immunodéprimés permet d'obtenir une augmentation significative du taux des lymphocytes TCD4 sans augmentation de la charge virale. De même, ces résultats montrent que, à long terme, les patients traités par l'interleukine-2 et antirétroviraux ont un taux de TCD4 plus élevé, et une charge virale plus faible que les patients traités par antirétroviraux seuls.
Cependant, les effets observés dépendent du mode d'administration, de la dose d'interleukine-2, de l'état du système immunitaire et de la charge virale au début du traitement.
On peut noter aussi que l'interleukine-2 utilisée en thérapeutique présente une toxicité pour tout l'organisme. Les effets les plus courants sont : rash cutané pouvant couvrir tout le corps, nausées, vomissements réfractaires aux anti-vomitifs, troubles neurologiques et altérations rénales et hépatiques. Les effets varient énormément selon les patients. Néanmoins toutes les personnes recevant de l'interleukine-2 éprouvent un syndrome semi-grippal : fièvres, courbature, fatigue, maux de tête, dans les heures qui suivent l'administration. Dans les cas extrêmes, la réduction ou l'arrêt de la prise d'interleukine-2 est nécessaire.
Les préparations vaccinales pourraient aider le système immunitaire à mieux lutter contre le virus en le poussant à produire un plus grand nombre de cellules tueuses spécifiquement dirigées contre le VIH.
Il existe deux approches différentes qui ont toutes deux pour but de stimuler la production de cellules tueuses dirigées contre le virus :
- un vaccin issu d'un organisme génétiquement modifié : la vaccine du canari (le virus de la variole du canari) vecteur du VIH.- un vaccin issu de la combinaison de constituants du VIH et de lipides.
Ces préparations vaccinales se présentent sous forme de solutions reconstituées et administrées par injection intramusculaire. Aucun effet secondaire n'a pour l'instant été rapporté lors des différents essais réalisés.
Par ailleurs, un traitement par immunothérapie ne peut pas être envisagé seul pour traiter une infection par le VIH. En effet, il doit nécessairement être associé à une multithérapie antirétrovirale.
Conclusion
L'ANRS s'est lancée dans un grand programme de recherche sur l'immunothérapie à travers quatre études pilotes : Essai Vacciter (ANRS 094), Essai Vaccil 2 (ANRS 093), Essai Primovac (ANRS 095) et Essai Esprit (ANRS 101).
Ces quatre essais ont pour objectif commun de démontrer les apports d'une immunothérapie (par l'interleukine-2 et/ou par vaccination) associée à un traitement antirétroviral.
Au vue de l'attention qu'on lui porte, l'immunothérapie est, pour toutes les personnes infectées par le VIH, signe d'espoir et de solution pour mieux vivre avec le virus.
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