Le point sur… la prévention auprès des prostituées

Dans l'imaginaire populaire, la prostituée a toujours été le vecteur des pires maladies vénériennes et le discours sécuritaire n'a eu de cesse d'assimiler prostitution et propagation des IST faisant ainsi des prostitué(e)s, un danger pour la santé publique.

Aussi, très tôt dans l'histoire de l'épidémie du VIH, les personnes prostitué(e)s se sont mobilisées. En France, la prévention a pris la forme de nombreuses associations communautaires afin que la nouvelle épidémie ne débouche sur une stigmatisation des personnes vulnérables et particulièrement des personnes prostituées.

Le taux de séroprévalence chez les prostitué(e)s en France est faible au regard de nos représentations, des facteurs cumulés de vulnérabilité, de la situation dans d'autres pays, mais élevé par rapport au taux dans la population générale. Les premières données épidémiologiques sur le sujet apparaissent dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°40 de 1989, complétées en 1992 par une étude de séroprévalence. Il apparaît que la séroprévalence est relativement basse parmi les prostitué(e)s non toxicomanes soit 1,5% mais que la toxicomanie constitue le principal facteur de risque au sein de la population concernée avec 38,8% de toxicomanes séropositives.

 

Les facteurs de vulnérabilité

Le cadre juridique

La prostitution en France n'est pas en elle-même illégale et elle peut s'exercer dès lors qu'elle ne trouble ni la morale, ni l'ordre public. Cependant, son organisation et son exploitation, le proxénétisme, les maisons et le racolage sont interdits et réprimés. Historiquement, l'une des conséquences de la répression contre la prostitution se trouve être le passage à la clandestinité et le retour du proxénétisme afin de se protéger de la police.

Les décisions politiques ou administratives ont un impact sur les conditions du travail sexuel et altèrent les conditions d'existence, le bien-être et la santé des personnes qui se prostituent. Ainsi, la loi de sécurité intérieure du 18 mars 2003 habilite désormais, tous les corps de police (Brigade anti criminalité, CRS, Brigade de préservation sociale, Unité de sécurité et d'investigation territoriale, police nationale, police municipale) à contrôler les personnes prostitué(e)s alors qu'auparavant, leur surveillance ne relevait que d'un seul service, la brigade des mœurs.

Depuis cette loi, la vie quotidienne des personnes prostituées est rythmée par les contrôles de police, tous corps confondus. Les prostitué(e)s sont chassé(e)s par la police et la mairie car les rues interdites au travail de la prostitution fluctuent au gré des arrêtés municipaux. Les gardes à vue augmentent. Une tactique de harcèlement est parfois constatée qui produit l'éclatement des lieux de prostitution rendant le travail de terrain des associations plus compliqué. Les personnes se soucient aujourd'hui avant tout de leur sécurité et sont entrées dans une logique de clandestinité et de survie au jour le jour qui entre en concurrence avec tout projet de vie et de santé notamment chez les prostitué(e)s migrant(e)s. L'activité clandestine de prostitution produit des effets néfastes sur la santé générale des personnes prostituées, des clients et de leurs partenaires.

Tous les témoignages montrent que la loi de sécurité intérieure a encouragé et entériné le harcèlement permanent par les forces de l'ordre. Elle a accru les abus et les violences de la part des clients et des passants qui agissent en toute impunité étant donné que ce sont les personnes prostitué(e)s elles-mêmes qui sont considérées comme délinquantes du fait de leur prostitution.

L'usage de produits psychotropes

La prostitution est une activité dangereuse. Les personnes qui l'exercent sont exposées à toutes sortes de risques : violence, mépris, état de santé, pratiques sexuelles à risques, difficultés économiques. La situation est encore aggravée lorsque les travailleurs du sexe sont des toxicomanes.

La toxicomanie, comme dans la population générale, est un facteur principal de risque à VIH. Elle est bien souvent le lien entre prostitution et sida. La consommation de drogues est liée de façon complexe à l'entrée et à la pratique de la prostitution. Il faut se prostituer pour avoir de la drogue et il faut de la drogue pour supporter la prostitution. Les prostitué(e)s sont dépendant(e)s de la drogue mais également de leur souteneur qui est le plus souvent aussi leur pourvoyeur. La drogue permet aux proxénètes de s'aliéner les personnes prostitué(e)s et de s'enrichir encore plus.

Parce que les personnes peuvent être en état de manque, elles acceptent des rapports sans préservatif car elles n'hésitent pas à mettre leur vie en danger pour peu qu'un client soit prêt à les payer.

Dans le contexte de la loi de sécurité intérieure les prostitué(e)s, comme les usagers de drogues, sont de nouveaux contraints de se disperser. Moins réceptifs aux messages de prévention, ils deviennent également moins atteignables pour les acteurs de prévention.

Les personnes migrantes, victimes de la traite

Isolées dans leurs différentes communautés, les personnes immigrées prostituées sont souvent coupées des institutions médico-sociales françaises du fait des barrières linguistiques, culturelles et de leur situation de clandestinité. Ces populations vulnérables sont condamnées à la plus grande discrétion pour éviter les service de police.

Les effets les plus dramatiques de la loi de sécurité intérieure s'exercent sélectivement à l'encontre des femmes migrantes avec en plus, la menace de reconduite à la frontière. Quant aux trafiquants qui les ont " achetées ", ils savent qu'en les faisant travailler quelques jours, ils seront remboursés. Pour eux, l'important n'est pas la bonne santé de leur " marchandise " mais la rentabilité.

 

La prévention

D'une manière générale, les travailleurs du sexe ont des relations sexuelles payantes plutôt bien protégées.

Cependant, les nombreuses demandes d'IVG témoignent des rapports non protégés soit dans le cadre professionnel soit dans le cadre privé et l'enquête de Sida Info Service (novembre 2006) a démontré un nombre particulièrement élevé de non utilisation du préservatif chez les clients de prostitué(e)s.

Une méconnaissance des modes de transmission du virus dans cette population est également confirmée. Des campagnes sont à mener tant pour en promouvoir l'utilisation que la bonne façon de l'utiliser notamment avec du gel. Les efforts destinés à améliorer les connaissances en matière de risques et de protection doivent être renforcés.

Chaque préservatif mis à un client par un(e) prostitué(e) représente un geste de santé publique. Les personnes prostituées ont toujours été de véritables agents de prévention.

L'action de prévention et de réinsertion est confiée aux associations et le bilan des interventions de l'Etat dans le domaine de la prévention et de l'aide sociale aux prostitué(e)s est faible.

Le mouvement associatif dans le milieu prostitutionnel déjà organisé depuis les années 1975 est à l'origine soutenu par différents courants féministes qui font le parallèle entre le mariage et la prostitution ou par les catholiques qui considèrent les prostitué(e)s comme des victimes.

Les associations communautaires pour les personnes prostituées sont centrées sur la prévention du sida et la réduction des risques liés à l'usage de drogues. Le concept de base est qu'une personne concernée (ou ex) est la mieux placée pour expliquer à ses pairs car elles parlent le même langage, connaissent les mêmes problèmes. Entre 1993- et 2000, un certain nombre de projets associatifs " prostitution et VIH " comme le Bus des Femmes, Autres Regards, naissent à Paris, Lyon, Marseille, puis Nîmes et Montpellier. L'approche communautaire sur le terrain prend dans de nombreuses villes la forme d'un bus circulant sur les différentes zones de prostitution. Un travail de construction de méthodologies d'interventions de terrain dans la lutte contre le sida se met en place.

Les axes de travail des associations de santé communautaire évoluent autour de trois points :

- Equipe de travail à parité et stratégie d'alliance : écoute, respect, convivialité, accueil, aide à la vie quotidienne, relations entre pairs, lutte contre l'isolement.

- Travail de terrain de proximité et mobilité en solidarité avec les personnes concernées : rencontres de rue, accès aux soins et à la prévention, suivi médical, accompagnement dans les services hospitaliers, suivi des personnes détenues.

- Médiation avec les services de droit commun et les associations, et médiation culturelle avec les personnes étrangères : accompagnement social, aide au logement, aide aux démarches administratives, permanences juridiques, accompagnement aux droits civiques, interprétariat.

La diversité de visages qu'offre la prostitution de rue, amène autant d'attitudes différentes à tenir chez les professionnels qui accompagnent ces populations.

Des programmes spécifiques de promotion de la santé voient le jour. Ils passent notamment par l'établissement d'un dialogue dans la rue et la mise à disposition de préservatifs, d'information sur la transmission des IST et l'orientant vers les partenaires sociaux selon les demandes ou vers le local de l'association.

Des lignes téléphoniques d'urgence permettent une écoute, des réponses et un premier contact. Les accueils dans les locaux des associations sont des permanences généralistes, conviviales et d'accueil bas seuil. Ils ont pour objectif de proposer un temps de pause et de rencontre sans jugement.

Les associations ont également un rôle de médiation dans l'accompagnement social et médical.

Les nouvelles technologies ont créé de nouveaux territoires. Le sexe est devenu un produit phare d'Internet, ce moyen de communication est à privilégier pour des campagnes ciblées vers les clients.

Le déplacement de l'activité prostitutionnelle dans des zones éloignées des centres urbains, rend le travail de prévention des associations plus difficile et accroît l'insécurité. Il rompt également les réseaux de solidarité entre les personnes. Les forces de l'ordre dans leur politique répressive n'hésitent pas à entraver leurs actions de prévention. Les préservatifs trouvés sur les personnes prostitué(e)s constituent des preuves avérées. Les associations refusent le principe de délation de l'article 29 de la loi de sécurité publique et dénoncent la démagogie sécuritaire de la loi car, dans les faits, ceux sont les prostitué(e)s qui sont condamné(e)s à la clandestinité.

Le relâchement et la banalisation du VIH ces dernières années se ressentent sur le terrain et demandent des efforts d'adaptation ainsi qu'une multiplication des actions de prévention. Le public fluctuant de la prostitution ainsi que le turn over important, obligent les associations à répéter leurs actions pour produire des effets. Elles bataillent pour garder le lien avec les victimes de la traite et les prévenir des dangers d'une contamination au VIH/sida. Mais, entre des réseaux puissants et omniprésents et une législation peu favorable, le suivi est quasi impossible et les mesures de prévention aléatoires.

Malgré des besoins criants et des situations de détresse évidentes, malgré des demandes exponentielles, les associations s'interrogent sur la pérennité des actions difficiles à poursuivre sans l'appui des pouvoirs publics.

Le renouvellement des équipes de prévention issues de générations moins sensibilisées et l'épuisement de certains projets en cours posent également problème à la prévention.

 

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