Dossier de synthèse documentaire
Juin 2003
le dépistage comme outil de prévention en soi :
retrait Si le résultat est négatif
retrait Si le résultat est positifPrévention des personnes séropositives
Introduction
Actuellement, les statistiques ne permettent pas de raisonner quant à l'évolution de l'épidémie. On peut seulement constater que l'apparition des nouvelles thérapies a diminué le nombre de cas de sida avérés et de décès liés au sida. Indirectement, on peut en déduire que le nombre de personnes vivant avec le VIH a probablement augmenté. Près de la moitié des cas de sida déclarés concerne des personnes qui n'avaient pas connaissance de leur séropositivité avant le stade sida.
Aussi, le nouveau dispositif de surveillance de l'infection par le VIH (2003) est mis en place pour pallier à ce manque d'information et permettre d'estimer le nombre de personnes vivant avec le VIH, les nouveaux diagnostics d'infection à VIH, les nouveaux cas de sida et les décès. Il décrit également, les caractéristiques des personnes nouvellement dépistées.
Concernant les infections sexuellement transmissibles autres que le VIH, on note pour la première fois en 2000 la résurgence de la syphilis touchant quasi exclusivement les homosexuels masculins. Ces éléments attestent un relâchement des comportements de prévention dans certains groupes de population confirmés par lenquête Gay 2000.
La dernière enquête KABP est marquée par une reprise des risques sexuels et une connaissance plus floue des modes de transmission. Le recours au test de dépistage reste stable mais lutilisation du préservatif est en baisse. Larrivée des multithérapies pourrait avoir fait apparaître moins dangereux le risque de contamination par le VIH.
Dans ce contexte de relâchement, la prévention et le dépistage ont plus que jamais leur rôle à jouer
Cadre général du dépistage
Les CDAG, Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit ou CIDAG, Centres dInformation et de Dépistage Anonyme et Gratuit ont aujourdhui plus de 15 ans, le premier ayant ouvert à Paris en 1987. Le décret du 18 janvier 1988 et la circulaire du 20 janvier 1988 précisaient déjà que les consultations de dépistage anonyme et gratuit devaient venir compléter le dispositif de lutte contre linfection par le VIH et assurer des fonctions daccueil et dinformation, dexamen médical et biologique ainsi que dorientation. Les missions étaient donc dès le départ celles relevant de la prévention primaire et celles relevant de la prévention secondaire.
En terme de prévention primaire, aux côtés des campagnes dinformation et des actions de proximité, les CIDAG offrent un espace déchanges privilégiés avec des professionnels capables découter, de soutenir, dinformer et de conseiller. Ces lieux sont a priori des lieux privilégiés pour la diffusion et la compréhension des messages de prévention.
Le dépistage et la connaissance précoce du statut sérologique restent au cur de la stratégie de lutte contre le VIH et l'étude des pratiques des professionnels autour de la consultation de prévention, lors de la demande de dépistage, est une priorité.
Les principes préalables au dépistage sont :
- le consentement de la personne- la confidentialité
- la prise en compte du contexte social et culturel de la personne
- labsence de jugement de valeur et labstraction des préjugés
une enquête démontre que lanonymat et la gratuité sont les caractéristiques qui apparaissent comme des critères de choix, voire comme des valeurs fondamentales pour la personne qui effectue un test.
Les CDAG, par leur spécialisation, leur travail en équipe, lanonymat qui préside à linformation et à la discussion jouent un rôle important dans la politique de prévention du sida. Ils permettent dinstaurer une relation particulière entre soignant et patient qui fait lobjet dune réflexion saffinant avec l'expérience et sadaptant aux différentes situations de dépistage. Le counseling est lune des techniques de communication utilisée, cest une approche centrée sur la personne permettant détablir une relation de confiance, un soutien émotionnel et la prise en compte des sentiments et des émotions. Le conseil comprend une part importante découte qui inclut une dimension dattention à la communication non verbale. Il apparaît comme un élément indissociable du test de dépistage. La démarche du counseling ou approche centrée sur la personne, semble recevoir lagrément du plus grand nombre même si les réalités quelle recouvre sont parfois différentes.
Le dépistage comprend des fonctions multiples qui passent par la connaissance du statut par rapport à linfection VIH :
- recherche diagnostique de linfection en vue d'une prise en charge et d'un traitement. Cest le diagnostic précoce avant lapparition des symptômes de la maladie sida. La dimension de prévention pour la personne et pour ses partenaires est majeure mais sera dépassée par la nécessité d'accompagnement au diagnostic de séropositivité.- évaluation du risque après une défaillance de prévention. Le risque de contamination est potentiel et son évaluation permet la décision de traitement. La démarche se fonde sur une consultation très précoce.
- accès à un conseil personnalisé de prévention : réassurance, stratégie dabandon du préservatif. La pratique passe par une consultation de dépistage/prévention où la perception du risque est le support délaboration de stratégies individuelles de prévention. Les tests prescrits doivent être discutés par le médecin en fonction du temps écoulé depuis la dernière prise de risque.
La localisation et les heures douverture dun service de conseil sadaptent aux besoins des personnes. La littérature sur le sujet préconise que les personnes assurant les entretiens reçoivent une formation adaptée, un encadrement et un soutien suivis afin de sassurer quils délivrent des conseils de qualité, quils peuvent gérer leur stress et éviter lépuisement psychologique.
le dépistage comme outil de prévention en soi :
Le dépistage est classiquement considéré comme un outil de prévention secondaire qui vise à détecter et à traiter une maladie à sa phase asymptomatique. Il est mis en place à partir du moment où létat de gravité le nécessite, où des tests fiables sont disponibles et où la possibilité dune prise en charge permettant de contrôler lévolution de linfection est réalisable.
Dans la lutte contre le sida, le dépistage est aussi désigné comme un outil de prévention primaire où les CDAG sont alors considérés comme des lieux dinformation. Il sagit déviter la transmission de linfection par la délivrance de messages ciblés, personnalisés visant à modifier les comportements à risque. La grande majorité des tests réalisés sont négatifs, les CDAG sont donc aussi des lieux dinformation.
Les différents acteurs de santé saccordent à dire que le dépistage est un outil dont lefficacité dépend étroitement des conditions de mise en uvre.
Le choix de réaliser un test dans un CDAG nest pas neutre : les stratégies de dépistage sorganisent à partir des évènements de vie et des informations médiatiques ou médicales. Ce choix correspond à une mise au point par rapport à une situation déterminée, qui est généralement récente dans le vécu de la personne. La population des personnes testées dans les CDAG est essentiellement constituée de jeunes, de célibataires, de multipartenaires et de personnes ayant une perception élevée du risque de contamination.
Deux études confirment que les CDAG attirent des personnes plus vulnérables. Les motifs de leur demande de test ont été analysés et trois niveaux de conseil peuvent en découler :
- être conforté dans la gestion du risque : pour les personnes qui se rapprochent des conseils de prévention- gérer les risques avec un partenaire : pour les personnes qui ont des difficultés à gérer la prévention (accidents, manque de communication )
- être assisté dans toutes les dimensions de la prévention : pour les personnes faisant un test de réassurance dans un contexte de crise
Les personnes venant dans un CDAG sont parfois en échec de prévention. La consultation va permettre de reparler de sexualité. Il est nécessaire quelles trouvent un lieu ou parler, poser des questions sur la base de leur vécu, de leur situation personnelle, de leurs peurs et de leurs difficultés.
La remise dun résultat négatif par le médecin qui explique les conduites de prévention à tenir, permet déviter une fausse assurance et/ou un sentiment de soulagement et de déresponsabilisation lié à ce résultat. Le médecin remplit alors son rôle déducation à la santé et de prévention. Il aborde la question des changements de comportements susceptibles daider la personne à demeurer séronégative : sexualité à moindre risque grâce au recours à des préservatifs mais également à la réduction des risques sexuels. La personne doit être encouragée à réfléchir sur ses prises de risques. Le rôle du conseiller est de mettre en avant le sentiment defficacité personnelle des patients face à ladoption dun comportement de prévention.
Il est possible quun résultat négatif soit utilisé pour nier la nécessité dun changement comportemental, cest ce quon appelle leffet du « certificat de bonne santé ». Par conséquent, dans certaines situations, le dépistage anonyme risque de contribuer à renforcer les comportements à risque : certaines études partagent cette théorie, dautres non.
Lannonce dun résultat positif nécessite du temps afin daborder tous les problèmes qui peuvent surgir, quils soient psychologiques, sociaux ou médicaux.
Le médecin informe sur les structures susceptibles daider la personne dans sa prise en charge et dans la construction de son avenir. Les personnes séropositives doivent pouvoir bénéficier rapidement dune large gamme de services tels que les soins médicaux et un soutien psychologique et social durable.
Lentretien post-test permet lémergence des difficultés dans les comportements de prévention et/ou dune demande daide. Il aborde lorientation sexuelle, la connaissance par le(s) partenaire(s) de la séropositivité qui constitue un dilemme auquel sont exposées toutes les personnes infectées, le niveau dinformation sur les modes de transmission, lattitude envers les préservatifs et les autres moyens de prévention, les capacités de négociation dans les situations sexuelles avec ses partenaires, les facteurs surdéterminants dans les prises de risque telle que la consommation dalcool et de drogues.
Lentretien est adapté aux besoins et aux capacités de lenvironnement dans lequel il est délivré. Le contenu varie selon quil sagit dhommes ou des femmes, en fonction de lage, des pratiques sexuelles, de la consommation ou non de drogues injectables, de lenvironnement culturel.
Le conseil permet aux personnes séropositives de mieux accepter et surmonter la situation.
Prévention des personnes séropositives
Adopter des comportements de prévention est un travail au long court et, la prévention des personnes séropositives est une problématique émergeante.
Le counseling permet à la personne darticuler lhistoire de sa contamination, supposée ou connue, avec sa biographie et son rapport à la sexualité et à la prise de risques et de symboliser sa souffrance. Mais, en matière de vie sexuelle des personnes séropositives il nest pas encore très étoffé, de nombreux points interrogent les professionnels :
Quels sont les éléments relationnels, environnementaux, les normes et constructions sociales susceptibles dinfluencer les comportements sexuels des personnes séropositives ? Quel est le sens de la sexualité pour les personnes séropositives ?
Des déterminants spécifiques sont à prendre en compte dans la prévention auprès des personnes séropositives. Catherine Tourette-Turgis précise que la prévention ne peut pas sappuyer sur lincitation à la notification de la séropositivité qui comporte encore un haut risque de discrimination.
De plus, la connaissance de la séropositivité dans les couples de statut sérologique différent ne suffit pas à les protéger dune contamination.
Une recherche-action de mars 2000 montre que la prise de risque dans un couple homosexuel sérodiscordant a souvent lieu à linitiative du partenaire séronégatif.
Des programmes de soutien en direction des couples gays sérodiscordants ainsi que dautres spécifiques en direction des jeunes (16-23 ans) hommes et femmes séropositifs (ces derniers prendraient deux fois plus de risques que leurs aînés) sont mis en place. Les jeunes publics cumulent souvent plusieurs vulnérabilités et les programmes ont pour objectif daider les jeunes à prendre soin deux-mêmes.
Les femmes séropositives ont des besoins spécifiques et les espaces découte prenant en compte la différence de genre dans la prévention sont à développer.
Le rapport Delfraissy précise que lun des principaux objectifs des consultations de prévention est daider les personnes séropositives à mettre en place des stratégies adaptées à leurs besoins, centrées sur la relation à lautre, prenant en compte leur contexte de vie et intégrant les dimensions socioculturelles. Il sagit de déplacer les prises de risque sexuel par rapport aux IST, sur des prises de risque « safer » en respectant le processus psychologique des individus. Les interventions devraient être de type communautaire ou de groupe centrées sur la qualité de vie, lenvironnement immédiat de la personne et la réduction du stress.
Sil existe actuellement une réelle prise de conscience de limportance de laccompagnement des personnes séropositives dans leur démarche de prévention, la question du lieu et des personnes en capacité dassurer ce travail est posée.
Conclusion
Lépidémiologie de linfection par le VIH en France reste évolutive et se décline en fonctions des populations.
Comme pour toutes les actions de prévention, il est difficile dattribuer les changements de comportements individuels au test ou au counseling en raison de la complexité des déterminants des comportements. Lintérêt du test de dépistage en matière de prévention est difficilement quantifiable mais, des travaux dévaluation se sont attachés à prouver que ce service réduit lincidence de linfection à VIH et contribue à la prévention en sattachant à la réduction des risques
On assiste à une évolution des théories et des modèles dans la relation daide sous la pression de lévolution de la demande sociale en matière de soutien et daccompagnement. Emerge actuellement lexpression dune demande sociale et médicale à légard du counseling, et ce, non uniquement dans linfection VIH.
La représentation sociale du sida continue de se modifier. On constate une perception atténuée du risque sida. Ceci se traduit par un désintérêt pour la maladie et pour l'information renforcé par un scepticisme croissant vis-à-vis de lefficacité des moyens de protection. Aussi, Il existe toujours autant darguments pour maintenir et même accentuer le dispositif de prévention, de dépistage et de prise en charge en adaptant ses conditions de suivi.
Bibiographie
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