Synthèse des ateliers
Séminaire Départemental sur le dépistage de l'infection à VIH dans les Alpes Maritimes

 

Ce séminaire a réuni l'ensemble des acteurs concernés par la problématique du dépistage (libéraux, hôpital, CDAG, associations et institutionnels...). Les plénières du matin ont donné l'occasion aux participants d'approfondir leurs connaissances et les ateliers de l'après midi de réfléchir ensemble et de faire des propositions pour "Améliorer l'offre de dépistage dans les Alpes-Maritimes".

Dans la région PACA, et particulièrement dans les Alpes-Maritimes, l'activité de dépistage du VIH est très importante. Cependant la situation peut probablement être améliorée.

 

L'atelier 1, " améliorer l'offre de dépistage dans le département des Alpes Maritimes " a permis aux participants de discuter sur l'ensemble des circonstances dans lesquelles un test pourrait être proposé (quand ce n'est pas fait ou pas systématiquement) et sous quelle forme.

Cet atelier était animé par le Dr Patricia ENEL, Santé Publique APHM. Environ 25 personnes ont participé à cet atelier qui a suscité de nombreux échanges.

4 participants ont fait état de leur expérience dynamique et spécifique en matière de dépistage avant de passer la parole à la salle :

Les échanges avec la salle ont été ensuite très enrichissants et montrent l'implication de chacun. Les réflexions se sont globalement orientées dans 2 directions :

1/ Divers moyens sont proposés pour améliorer l'offre de dépistage en proposant le test dans des circonstances précises (journée national d'appel, médecine du travail, bilan de santé, etc., prise en charge sécu d'un dépistage chez les <18 ans sans que les parents n'en soient avertis).

L'intérêt d'améliorer encore et toujours l'information est mis en avant de nombreuses fois car c'est un levier d'action indispensable pour aller vers le dépistage. L'information doit porter plus sur un côté positif d'éducation à la santé (rester en bonne santé) que négatif (éviter d'être contaminé). Pour certains de nombreux jeunes sont encore mal informés et pas pris en considération, notamment les jeunes sortis du circuit de l'éducation nationale, ainsi que des adultes jeunes.

2/ Des réflexions plus générales émergent : il faut changer l'image du dépistage, sans toutefois aboutir à une " banalisation ", terme qui est perçu comme péjoratif.

Il faudrait trouver de nouveaux maillons pour orienter vers ou réaliser le dépistage ? Cette question est abordée notamment pour les personnes précaires, les usagers de drogues, les jeunes en formation, etc.

Par ailleurs, une partie de la salle s'interroge sur le bien fondé de débattre d'un élargissement du dispositif de dépistage, la crainte étant de dépister " peu utile " à large échelle, sans être sûr d'atteindre les personnes qui actuellement échappent ou fuient le système proposé.

Le débat porte également sur l'amélioration du dispositif existant : bien que cela relève de l'atelier 2, la salle considère qu'il faut d'abord s'appuyer sur l'existant et l'améliorer.

 

L'atelier 2, " propositions pour améliorer le dispositif existant " a permis d'échanger sur la place du counseling, de la prévention à l'occasion du test, l'amélioration du rendu des résultats, du dépistage "hors les murs"...

Cet atelier était animé par Célia CHISCHPORTICH, CRIPS PACA, 45 personnes y ont participé.

3 participants ont fait état de leurs expériences complémentaires en matière de dépistage :

Les débats ont suivi sur le contenu des présentations mais aussi sur la base de l'expérience de tous les participants à l'atelier. En effet, beaucoup de participants sont déjà des acteurs du dépistage du département. Les échanges ont été riches et nombreux.

1/ Autour des conditions de réalisation des tests (quelque soit le lieu), deux aspects ont été longuement discutés, le délai pour rendre un résultat de dépistage (pour lequel il semble qu'un discours commun soit nécessaire) et l'importance du counseling lors des tests a été rappelée par la très grande majorité des participants.

2/ Le rendu des résultats en laboratoire de ville et les conditions de réalisation des tests ont occupé une bonne partie du temps de l'atelier.

Le projet national de dépistage rapide proposé par l'association AIDES en lien avec les CDAG, ne semblait pas poser de difficultés aux participants.

La possibilité de dépistage hors les murs par les CDAG a été abordée plus rapidement en mettant en avant la difficulté des moyens.

 

Les rapporteurs des 2 ateliers Dr Didier CASELLES et Dr Bernard PROUVOST-KELLER, REVIHOP 06 ont présenté les principales propositions des ateliers autour de 2 axes : la communication et l'accessibilité.

Axe communication :

Donner des informations cohérentes aux patients et au grand public

Organiser une journée du dépistage

Remettre le consentement comme pilier du dépistage

Inciter à des démarches les plus précoces possibles/ demande des patients

Accompagner les tests : l'explication (counseling) reste indispensable

Changer l'image du dépistage : le banaliser

Axe accessibilité des tests :

Augmenter l'offre dépistage :

  • Lever les obstacles à l'auto prescription : utiliser le maillage des laboratoires de ville (remboursement des tests par l'Assurance maladie)
  • CDAG hors les murs (question des moyens),
  • projets associatifs de dépistage à des heures différentes, lieux différents accompagnement associatif
  • Proposer des tests lors des journées d'appel et de préparation à la défense, lors de l'IVG, dans tout accès au système de soins (urgences)

Assurer l'accompagnement du dépistage rapide par des intervenants formés

Permettre aux 15-18 ans d'être dépistés sans information des parents

Rendre des tests CDAG plus rapidement : décloisonner la chaîne de réalisation des tests de dépistage

Favoriser le parrainage entre usagers (UDVI, jeunes…)

 

Dr Hervé Charollais, Centre d'examens de santé CPAM 06 : Dépistage du VIH au CES de Nice (janvier 1997 à octobre 2007)

Cliquez ici pour télécharger la présentation Powerpoint

 

 

 

 

 

 

 

Dr Murielle Couteau, Responsable section Planification-Santé des jeunes, CG 06 : Prévention et dépistage dans les centres de planification des alpes maritimes

 

Les femmes, tout au long du cycle de leur vie, peuvent bénéficier des services du Conseil Général.

Elles sont 8000 en 2006 à avoir été suivies en Centre de planification, avec un âge moyen de 27,5 ans, pour des consultations de contraception, une prévention du cancer, un dépistage IST, une démarche pour IVG, un soutien psychologique…

En effet, par ses missions en matière de régulation des naissances au sein des 29 centres de planification, le département participe :

- à la prévention et l'accompagnement des grossesses non désirées,

- à la prévention et au dépistage des cancers gynécologiques, particulièrement du col utérin, par la pratique régulière du frottis cervico-vaginal (4684 FCV en 2006, dont 49 lésions de bas grade, 28 de haut grade, un carcinome)

- à la prévention et au dépistage des infections sexuellement transmises (IST) de façon gratuite pour les mineurs et les non assurés sociaux :

- . du VIH : 547 tests effectués en 2006 (aucun positif)

. du VHB : 111 tests en 2006, avec possibilité de vaccination, y compris pour les mineurs

. du chlamydia pour la prévention d'une éventuelle stérilité ultérieure : 982 tests en 2006, dont 55 positifs, soit une prévalence de 5,7 %

Une attention particulière est portée aux jeunes et notamment aux mineurs qui fréquentent les centres de planification (1400 en 2006).

Leurs demandes (contraception, dépistage, demande d'IVG) s'inscrivent, pour les professionnels, dans une démarche de prise en compte de la santé globale, avec repérage des facteurs de vulnérabilité.

C'est dans cette perspective de vigilance que le département a développé, dans le cadre du Plan Jeunes Avenir 06, le Carrefour Santé Jeunes à Nice qui accueille spécifiquement des jeunes de 12 à 25 ans pour des consultations pluridisciplinaires de prévention santé (gynécologiques, endocrino-nutrition, diététiques, tabacologiques, psychologiques).

Au sein du Carrefour Santé Jeunes du 1er janvier au 31 octobre 2007 ont été effectués pour les 547 jeunes ayant fréquenté les consultations : 291 FCV, 205 tests HIV (aucun positif) 193 tests VHC (aucun positif), 193 tests VHB (prévalence de 1,17 %) 298 dépistages endocol chlamydia (prévalence de 5,40 %)

Isabelle Buchet, Psychologue CDAG 06 : Comment chercher à améliorer le dispositif existant à travers le counseling autour de la prévention ? (counseling pré et post test)

 

De par mon expérience en tant que psychologue dans les CDAG du département (Nice-Antibes-Le Cannet-Grasse), je ne peux qu'insister sur l'importance du counseling que ce soit en pré ou en post test. Les personnes qui viennent me rencontrer le font soit sur leur propre demande, soit sur conseil de l'infirmière, de l'assistante sociale ou du médecin du CDAG. Les problématiques rencontrées sont diverses : résistance au discours ou aux moyens de prévention, difficultés d'orientation sexuelle… Ces entretiens ne sont pas forcément liés au temps du test, plusieurs séances peuvent y amener parfois, c'est le temps nécessaire pour certains pour pouvoir atteindre cette démarche de dépistage.

De manière générale, la démarche de test volontaire est l'occasion de deux entretiens :

Une consultation Pré-test qui engage un fort impact émotionnel. On y aborde la sexualité, les risques, la maladie ce qui amène un dérangement émotionnel évident. On peut aborder les difficultés de la prévention et amorcer une réflexion sur les comportements de chacun. Toute la difficulté de la relation duelle est de permettre la libre expression du patient. Il est nécessaire de favoriser l'échange lors de ce premier contact. Le counseling permet ici de développer un abord de la prévention fondée sur l'écoute et la relation d'aide et non un discours, une communication seulement " technique ". Cela devrait être une relation d'empathie sans jugement.

Une consultation Post-test : renforcement positif de la première consultation. Aider la personne à élaborer sur le sens des résultats, tenir compte de ses réactions psychologiques, évaluer le besoin de suivi et de soins.

- Ce n'est pas seulement une consultation pour rappeler les principes de protection, il est nécessaire d'avoir une approche " compréhensive ".

- On peut donner l'exemple des répétiteurs de tests qui ont besoin de beaucoup de counseling. Dans ce cas-là, il y a néanmoins un lien avec le consultant, il revient, c'est déjà une amorce de travail sur soi.

Il y a cette nécessité d'au minimum deux entretiens qui ne s'orientent pas seulement du côté de l'information…

L'entretien aura donné à la personne " matière à "… poursuivre sa réflexion. Ce n'est pas du counseling " sur prescription " où le sujet est réduit à ses comportements sexuels et où on ne fait qu'énumérer les moyens de prévention. Ces consultations conseil doivent être centrées autour de la mobilisation des ressources et des capacités de la personne à faire face à ses problèmes.

L'objectif du counseling est de faire en sorte qu'une personne confrontée à un problème trouve elle-même, en mobilisant ses propres ressources, les solutions adaptées à son problème et à sa situation.

C'est la perception de chacun, la perception du risque qui compte, non le danger réel, ce sont leurs croyances qui guident leurs actes. Le counseling peut encourager une démarche de dépistage et contribuer à une meilleure observance des traitements.

Le counseling peut être pratiqué par des médecins mais également par des assistantes sociales, des infirmières, des psychologues… un personnel varié, combinant plusieurs compétences, qui sera formé à la pratique de ces entretiens. Il n'est pas réduit à la sphère médicale, c'est un accompagnement également psychologique et social. Pratiquer le counseling demande une grande disponibilité et une formation et être persuadé que c'est l'autre qui a les clefs et non nous même.

Il est important de traiter chaque situation dans son contexte, aider la personne à trouver des solutions par elle-même.

C'est une démarche de prise en charge globale de santé sexuelle (cœur du dispositif), difficultés affectives, relationnelles en plus des questions liées au VIH.

Il faut rendre la personne actrice de sa santé globale, favoriser le " pouvoir dire ".

Ces étapes du counseling sont très importantes car elles permettent de vérifier les connaissances, de donner des conseils de prévention ou de diminution des risques, d'identifier les vulnérabilités.

Par rapport à la mise en place des tests rapides, il faut donc vraiment prendre en compte l'accompagnement, primordial dans une démarche de dépistage et réfléchir également au temps d'attente. En effet, le délai entre le test et le rendu de résultat est un temps important qui peut amener à une réflexion…qu'en sera-t-il dans le rendu pratiquement immédiat des tests rapides ?

Il est important de réfléchir profondément à cette mise en place et à l'organisation de cette nouvelle façon d'accéder au dépistage.